Retour sur un conflit social emblématique : la délocalisation de l'usine Whirlpool d'Amiens. 24 janvier 2017 : le fabricant américain d'électroménager annonce qu'il construira désormais ses sèche-linges en Pologne. Mai 2018 : l'usine ferme, mais avec finalement un projet de reprise pour la grande majorité de salariés.

26 avril 2017 des employés manifestent devant l'usine Whirlpool d'Amiens pour protester contre la délocalisation prochaine de l'usine
26 avril 2017 des employés manifestent devant l'usine Whirlpool d'Amiens pour protester contre la délocalisation prochaine de l'usine © Maxppp / Nicolas Kovarik

On vient d'arriver à Amiens, sur l'immense parvis devant la gare. Premier rendez-vous avec une des figures syndicales de Whirlpool, Cécile Delpirou, déléguée syndicale CFE-CGC à l'usine Whirlpool d'Amiens. Elle a préféré nous recevoir chez elle : "Le sentiment est celui d'un immense gâchis. Voir l'usine vide, les lignes qui ne tournent pas. On ne fait pas la fête quand on divorce, même par consentement mutuel, et là croyez-moi, ce n'était pas par consentement mutuel, c'est bien Whirlpool qui a décidé de s'en aller du jour au lendemain. Il fallait passer à autre chose et ce n'est jamais facile. Il ne reste plus sur place qu'un petit noyau Whirlpool qui s'occupe de finir le nettoyage des dernières pièces, des derniers composants qui étaient-là."

La société WN s'est implantée dans les bâtiments abandonnés par Whirlpool. Comment la déléguée syndicale regarde-t-elle cette reprise. "C'est une chance à la fois pour nous mais également pour Amiens, d'avoir toujours une activité industrielle sur les sites" explique Cécile Delpirou.

Pour rencontrer les salariés de WN, il va falloir faire la sortie de l'usine. Nous y voilà sur ce fameux parking de l'usine Whirlpool, théâtre d'un duel à distance. En avril 2017, en pleine campagne présidentielle, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, l'histoire Whirlpool fait des vagues. Emmanuel Macron vient à Amiens, mais pas sur le site, il va à la Chambre de commerce pour rencontrer l'intersyndicale. Marine le Pen en profite : "J'ai trouvé que c'était tellement une preuve de mépris à l'égard de ce que vivent les salariés, que j'ai décidé de venir vous voir !" 

Finalement Emmanuel Macron finira par y venir sur ce fameux parking : "Madame Le Pen et donc venue à Amiens parce j'y venais. Elle fait-elle de l'utilisation politique, puisque elle va haranguer des militants politiques sur un parking." Et ça conduira finalement Macron sur ce même parking ici où nous sommes en ce moment, un peu plus tard avec un accueil disons plus houleux…

Retour en 2018. Sur le parking, on attend la sortie des salariés. Il y a un bâtiment estampillé WN. Plus au fond on voit les bâtiments plus anciens, où il est encore marqué Whirlpool qui doivent être vides aujourd'hui : "J'adorais travailler avec chez Whirlpool", raconte cette salarié, "j'ai travaillé une partie de ma carrière là-bas, ça m'a fait très très mal au cœur que ça se termine. Grâce à Monsieur Decayeux qui est arrivé à ce moment-là, ben c'est ce qu'il y avait de mieux pour moi et pour tous mes collègues." 

Monsieur Decayeux, c'est Nicolas Decayeux, l'entrepreneur dont le projet a été retenu : WN. Avec pour l'instant deux produits : la shopping box, des caissons réfrigérés pour les livraisons de course, et un petit véhicule utilitaire sans permis : le WN Lander. C'est par téléphone qu'il a accepté de nous parler : "Aujourd'hui l'atelier des shopping box est terminé. Nous avons déjà commencé à en fabriquer une quinzaine. Parallèlement à ça nous avons commercialisé le WN Lander et nous ambitionnons d'en fabriquer un par jour à partir de la rentrée de janvier. L'hypothèse serait de faire encore des pertes en 2019, mais si tout se passe comme je l'ai prévu, nous devrions déjà être positif l'année prochaine. 

"Avec les anciens de Whirlpool la première fois où je les ai rencontrés, je leur ai dit 'Il va falloir être flexibles et agiles' explique Nicolas Decayeux..Je vous avoue que je me suis demandé dans quoi je m'étais embarqué. Depuis, on a effectué pas loin de 14 000 heures de formation pour habituer les gens à passer d'une activité à une autre. Et je vous avoue que ça se passe très, très bien. Ils comptent sur moi et moi sur eux."

"On a déjà réussi à créer un esprit d'entreprise chez WN", dit encore Nicolas Decayeux, "on porte tous ensemble ce nouveau projet".

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