Le Liban a connu des mouvements sociaux, des bouleversements politiques, une crise sanitaire, un effondrement économique. Et à l'été, sa capitale a été ravagée par une double explosion, jetant à la rue des centaines de milliers de personnes... De ce bilan, le petit pays peut-il se relever ? Les Libanais en doutent.

Beyrouth reste marquée par la double explosion qui l'a soufflée cet été, comme un point d'orgue à la crise protéïforme que traverse le pays du Cèdre.
Beyrouth reste marquée par la double explosion qui l'a soufflée cet été, comme un point d'orgue à la crise protéïforme que traverse le pays du Cèdre. © Radio France / Nathanael Charbonnier

La pandémie de Covid, la crise financière, l’effondrement de la monnaie, la banqueroute de l’Etat… Pour l’année, ça suffit je crois !

Saïd résume ainsi l’année noire qu’a connue le Liban. Un bilan auquel il faut ajouter l’explosion dans le port de Beyrouth cet été, qui a ravagé une partie de la capitale et affecté 300 000 personnes. 

Le marché de Noël et les festivités du Nouvel An à Beyrouth ne forment qu'un vague baume au cœur pour des Libanais épuisés. Comme Hani, contremaître dans le BTP.

Avant, avec 150 000 livres, vous aviez 100 dollars. Maintenant, ça ne vaut plus rien. Pour le revenu des Libanais, c'est catastrophique. Je ne sais pas où tout cela va nous mener. On a le sentiment que le pire est à venir. 

Au pied d’un immense sapin avec ses guirlandes illuminées, Maria aussi est inquiète. Cette mère de famille habite le Sud. Elle est venue à Beyrouth pour la journée, avec ses filles.

On est venues ici pour oublier un peu les difficultés, les problèmes. On n'a pas d'argent. Se nourrir est devenu trop cher. Pour 2021, ce qui m'inquiète, c'est la guerre entre nous, les Libanais.

Cette année, le PIB libanais a été divisé par deux selon le FMI. Une violente récession, avec faillite du système bancaire et effondrement de la monnaie. Désormais, plus d’un libanais sur deux vit sous le seuil de pauvreté… Quant à l’État, corrompu et surendetté, il est en banqueroute…

Crise humanitaire

Bujar Oxa, qui dirige le bureau libanais de l’ONG Care, n'est pas optimiste. "Malheureusement, la situation actuelle fait qu’il n’y aura pas de rétablissement du pays dans une période courte de trois à six mois, ni même un an."

Le Liban a tous les critères de la situation de crise humanitaire : 57 % de la population est en insécurité alimentaire, il n’y a pas d’accès aux services de base…

La crise humanitaire en 2021, Gaby, la soixantaine, la voit venir dans sa petite pharmacie. Les médicaments sont subventionnés, avec la farine ou l’essence, mais pour quelques mois encore seulement, car la Banque centrale arrive sur ses dernières réserves.

"J'ai un afflux de clients parce qu'ils savent qu'il va y avoir un jour un manque de médicaments. Si les prix flambent, ça va poser un très grand problème. Certains n'arrivent pas à acheter un traitement pour un mois, pour une semaine. D'autres, au lieu de prendre trois comprimés par jour, en prennent deux..." déplore le pharmacien.

Deux voies possibles

Pas de scénario rose pour 2021. Le plus optimiste serait l’accouchement d’un gouvernement, toujours en gestation, qui lance des réformes et débloque l’aide internationale. Le plus sombre serait le basculement dans la violence, instrumentalisée par les chefs de partis confessionnels.

Pour Charbel Naas, économiste, à la tête du Mouvement indépendant Citoyennes Citoyens dans un État, "l'incertitude pousse vers le repli défensif, vers les structures communautaires".

Les chefs communautaires se prêtent à un jeu excessivement vicieux qui consiste à accuser soit les uns les autres, soit les acteurs extérieurs – l'Iran, les États-Unis, etc. – renforçant de ce fait les tendances agressives ou défensives. C'est un défi gigantesque.

Un défi qui pourrait se résumer en deux mots : sauvetage ou naufrage, en 2021, pour le Liban, fondé il y a cent ans.  

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