C'est un exploit qu’aucun humain n’a jusqu’à présent réalisé. Laurent Ballesta et trois autres plongeurs vont passer un mois au large des côtes françaises. L’expédition démarre ce lundi. Reportage à Marseille, sur la barge qui va les accompagner pendant cette aventure.

L'intérieur de la station pressurisé dans lequel quatre plongeurs vont passer un mois au fond de la Méditerranée
L'intérieur de la station pressurisé dans lequel quatre plongeurs vont passer un mois au fond de la Méditerranée © Laurent Ballesta, GOMBESSA V, Planète Méditerranée

Ce plongeur et photographe professionnel est un habitué des défis hors-norme. La nouveauté, c’est la possibilité de sillonner de grandes profondeurs sans se soucier de la décompression mais les contraintes sont énormes.

C’est dans une capsule d’un jaune éclatant que va se jouer ce huis-clos dans les grandes profondeurs. Son vaisseau bathyal, comme l’appelle Laurent Ballesta (en océanologie, la zone bathyale est celle qui précède la zone abyssale). Il en rêve depuis 18 ans, cela fait 2 ans qu’il travaille sur ce projet colossal baptisé Planète Méditerranée. 

"Les contraintes de la plongée profonde, ce n’est jamais de descendre profondément. Tout le monde peut le faire. Le problème de la plongée, c’est la remontée. Pour une poignée de minutes en grande profondeur, c’est des heures et des heures de remontée et de décompression obligatoire. Le problème, c’est la remontée, la solution, c’est de ne plus remonter."

Laurent Ballesta
Laurent Ballesta / Caroline Ballesta, Andromède Océanologie, GOMBESSA 5

La nouveauté, c’est la possibilité de sillonner de grandes profondeurs sans se soucier de la décompression. La contrepartie : rester enfermés dans une capsule pressurisée aux murs d’acier. Laurent Ballesta, biologiste et photographe sous-marin (et habitué des défis hors-norme), est accompagné de trois autres plongeurs, comme Antonin Guilbert, également biologiste marin.

"L’espace dans lequel on va vivre, il est très confiné : deux petits modules de vie connecté l’un à l’autre, un troisième qui sert d’ascenseur", explique ce dernier. "On dispose d’un petit module de vie qui sert de dortoir avec une petite table qui doit faire 5 m² et un module humide où on a juste toilette et douche qui doit faire 2 m². On est vraiment confinés dans un espace très réduit."

Schéma de la station
Schéma de la station / Laurent Ballesta, Andromède Océanologie, GOMBESSA 5

Chaque jour, une cloche descendra les plongeurs jusqu’à 120 mètres de profondeur. Ils remonteront à la surface pour manger et se reposer, mais toujours enfermés et soumis à une pression 13 fois supérieure à celle de l’atmosphère. "Dans le caisson, on pourra être soit debout, soit être allongé dans nos bannettes, mais elles sont tellement resserrées entre elles que la position assise n’est pas possible", précise Antonin Guilbert. "Donc, c’est debout, allongé ou assis autour de la table, ce sont les trois positions pendant un mois."

Ils respireront un mélange d’héliox : beaucoup d’hélium et peu d’oxygène. Dans cet environnement confiné, tous les sens seront modifiés : la voix, le goût sera altéré, l’audition changera, comme l'explique Laurent Ballesta : "On a l’impression que l’on a de l’eau dans les oreilles tout le temps. Et on n’arrive pas à savoir d’où viennent les sons. Votre camarade à gauche vous parle, vous ne savez pas si c’est lui qui a parlé ou celui qui est à votre droite alors qu’ils sont tous les 2 à un mètre de vous. C’est très troublant. Il faut vraiment se regarder dans les yeux et à moitié lire sur les lèvres pour bien se comprendre."

Laurent Ballesta devant la station Bathyale
Laurent Ballesta devant la station Bathyale / Jérôme Val

Pourquoi s’infliger autant de contraintes ? Laurent Ballesta, celui qui a découvert en 2013 au large de l’Afrique du Sud, le cœlacanthe, ce poisson fossile vieux de 350 millions d’années, part pour observer, analyser, photographier, explorer les récifs de Méditerranée, entre Marseille et Monaco comme personne ne les a encore vus.

"Il n’y a jamais eu une campagne que l’on ait menée ces 20 dernières années où l’on n’ait pas ramené une petite créature jamais photographiée auparavant. C’est ça qui est paradoxal, on est sur les côtes françaises méditerranéennes, et on a là des petits jardins, des oasis secrètes dont certaines n’ont même pas été visitées."

Cette expédition inédite a aussi pour ambition de montrer comment la pollution humaine altère la vie aussi dans ces grandes profondeurs mais Laurent Ballesta se veut porteur d’un message d’espoir pour la Méditerranée. "Bien sûr qu’elle est polluée, mais elle n’est pas morte", se réjouit-il. "Ce que j’ai envie de montrer, et c’est un challenge peut-être plus grand, c’est qu’il y a aussi des endroits merveilleux, qu’il y a toute une vie qui s’est épanouie à ces grandes profondeurs. Que ces grandes profondeurs subissent même une espèce de migration climatique d’espèces qui vivent un peu plus près de la surface généralement et qui par l’effet de le surpêche, du réchauffement, des nuisances sonores ont trouvé dans les grandes profondeurs des conditions plus favorables."

Les quatre plongeurs qui vont passer 28 jours dans la station Bathyale
Les quatre plongeurs qui vont passer 28 jours dans la station Bathyale © Radio France / Jérôme Val

Il a fallu un budget de 2,7 millions d'euros pour que le projet voie le jour, et tout a été pensé pour éviter les risques. Thibault Rauby est l’un des quatre  plongeurs : "Si on veut explorer, on est obligés de rester longtemps dans ce milieu, de rester serein. On ne peut pas se permettre de faire une expédition de trompe-la-mort. Il faut trouver tous les moyens pour faire ça en sécurité et avoir le temps de faire des observations naturalistes sans prendre de risque."

La mission va durer 28 jours. Il faudra aux plongeurs quatre jours supplémentaires de décompression avant de retrouver l’air libre ! 

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.