Depuis que l’armée sri lankaise a vaincu les Tigres Tamouls, il y a quelques semaines, questions ce matin sur des crimes de guerre, dénoncés par plusieurs organisations humanitaires. On parle de 20 000 morts depuis le début de l’année, dont bon nombre de civils. Ces derniers mois, des témoignages font état de bombardements massifs sur des zones habitées. Plus la fin de l’offensive approchait, plus les combats étaient violents. Il est très facile d’imaginer la scène : 400 combattants sont retranchés sur une plage de quelques kilomètres de long, ils ont avec eux des dizaines de milliers de civils. Tout autour, l’armée sri lankaise. Elle est dirigée par des généraux qui ont toujours affirmé qu’il n’y aurait pas de négociation, que leurs adversaires devaient soit se rendre, soit mourir. Or, les Tigres tamouls ne se rendent jamais. La suite, et bien ce sont les survivants qui l’ont racontée à des journalistes de l'agence Babel press. A une centaine de kilomètres de la zone des combats, les survivants de cette guerre s’entassent dans un immense camp de réfugiés. Ils sont près de 300 000. Sous une des tentes, deux soeurs ont leurs enfants dans les bras. La famille est arrivée dans ce camp il y a 2 jours : « L’armée a bombardé l’école dans laquelle nous étions réfugiés, nous avons fui avec toute la famille, et nous n’avons trouvé aucun endroit où aller. Nous voulons rentrer chez nous. » « Moi, mon père a été blessé dans les bombardements. Ma sœur a disparu, et mon frère a été emmené par l’armée. Ils ont dit qu’ils étaient membre de la guerilla ». Contrairement à ce que l’armée a affirmé tout au long de l’offensive, elle a bombardé des zones où étaient retranchés des civils. Il y a quelques semaines déjà, une agence de l’ONU avait publié des photos satellites montrant d’immenses cratères, sans aucun doute, des impacts d’obus, en pleine zone d’habitation. Alors, l’armée est-elle seule responsable ? Non, c’est certain, elle avait face à elle une guerilla qui est sur la liste des « groupes terroristes » établie par l’Union européenne. Les Tigres Tamouls ont empêché les habitants de fuir la zone des combats. Tous les réfugiés le disent, comme cet homme, rencontré à son arrivée dans le camp : « Les Tigres Tamouls nous empêchaient de fuir. Quand nous essayions de partir, ils nous menaçaient. Tout le monde voulait s’enfuir mais les gens avaient peur d’eux. » Les Tigres Tamouls enrôlaient aussi des combattants de force. C’est ce qu’affirme cette jeune femme. Elle a 15 ans. « Ils sont venus à la maison et ils m’ont emmenée avec eux. On était 900 filles à avoir été formées au combat ensemble, seulement 150 sont revenues vivantes. » Bombardements massifs, enrôlement d’enfants soldats, boucliers humains, il est certain que les civils ont payé un très lourd tribut à cette guerre. Combien de morts exactement ? La seule source indépendante, qui a eu accès à la zone des combats pendant tout le conflit, c’est le comité international de la croix rouge. Son représentant, Paul Castella, est dans une position délicate. S’il critique les autorités, il craint de ne plus être autorisé à travailler au Sri Lanka, alors, il s’exprime avec retenue. Il explique que les combats étaient si violents que ses équipes ont dû se terrer dans un bunker, qu’il a perdu 3 membres de son staff local, qu’une catastrophe humanitaire a eu lieu. Y aura-t-il une enquête indépendante sur le nombre de civils tués dans cette guerre au Sri Lanka ? C’est le seul moyen de savoir précisément ce qui s’est passé. Plusieurs pays européens réclament cette enquête mais non, elle n’aura pas lieu. Le Sri Lanka a des alliés de poids au conseil de sécurité de l’Onu : la Chine, l’Inde, ce sont eux, et non la France ou la Grande Bretagne, qui pèsent le plus lourd aujourd’hui sur la scène internationale. Nous, européens, ne pouvons que faire le constat de notre impuissance, à l’issue de ce conflit. Un reportage de Philippe Levasseur, journaliste à l’Agence Babel Press, en direct de New Dehli en Inde.

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