Ferguson, deux policiers blessés
Ferguson, deux policiers blessés © MaxPPP / SID HASTINGS

Deux personnes sont tuées chaque jour par la police aux USA, selon le Washington Post. Barack Obama a réclamé de sérieux changements et des pratiques nouvelles. Mais à quels efforts les policiers américains sont-ils prêts ?

Parmi ces pratiques nouvelles, il y en a une qui fait l'unanimité : l'utilisation des mini-caméras pour filmer les interventions. Le système est expérimenté dans de nombreuses grandes villes (Los Angeles, Washington, New York) et il va être étendu. Des dizaines de millions de dollars ont été débloqués à cette fin. À la grande satisfaction de Sean Smoot, responsable de l'un des principaux syndicats de policiers américains. Il considère que dans de nombreux cas cela permettra aux forces de l’ordre d’être lavés de tout soupçon :

Je défends le principe de ces caméras depuis des années. Au lieu d'avoir ces cinq secondes de vidéos tournées à plusieurs mètres de la scène, on aurait l'intégralité de l'incident, et avec une bonne qualité d'image. Je considère le professionnalisme des policiers comme au-dessus de tous les autes. Je parierais un mois de salaire qu'il y a moins de mauvaises conduites chez les policiers que chez les avocats, les médecins ou les prêtres.

Mais Sean Smoot le reconnaît : depuis le début de l’année 2015, près de 400 personnes ont été tuées par la police, comme l'a révélé le Washington Post. Pourtant, la criminalité dans les grandes villes a sérieusement reculé depuis les années 1980. Chuck Wexler préside un centre de recherche de la police :

C'est un ensemble de choses : il y a d'abord l'entraînement et le recrutement des policiers, mais c'est aussi une question de culture. Ce n'est pas parce que nous avons le droit de tirer que nous devons le faire. Nous devons chercher des alternatives à l'usage de la force meurtrière. Il faut affronter cette réalité brutale et changer nos méthodes.

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La ville d’Oakland en Californie vient d'être ainsi placée sous surveillance. Mot d'ordre ? "Désescalade". Comment les policiers peuvent-ils empêcher une situation de dégénérer ? Cela passe par des exemples très concrets, des situations d’entraînement pour apprendre "à ne pas tirer". Daniele Outlaw a mis en place se stage de formation à Oakland :

Dans un de nos scénarios, il y a une personne agressive avec une batte de baseball. Là, le policier voit la batte et s'assure qu'il a son Taser à portée de main. Mais dans le même temps, il doit s'efforcer de raisonner l'agresseur. Et s'il y parvient, si l'homme pose sa batte, alors le policier doit réévaluer la situation : ranger son Taser, faire baisser la tension et peut-être interpeller sans violence l'individu. C'est un changement radical dans nos méthodes d'entraînement.

Pas question d'abandonner le port d'arme

L'autre axe de travail est plus compliqué : il s’agit de sortir de l’image du super-flic, super-armé et qu’on ne voit jamais sauf pour venir rétablir l’ordre. Autrement dit que le policier soit à nouveau impliqué au quotidien dans sa communauté. Ce point est essentiel, explique Donald Harris, policier à la retraite après avoir fait toute sa carrière à Atlanta :

J'ai grandi dans cette ville et je la connais bien. Le problème, c'est qu'aujourd'hui il y a tellement de mouvements dans ce pays que l'on se retrouve avec des conflits entre les communautés et les forces de l'ordre. Nous devons donc mieux former les policiers pour qu'ils comprennent la culture de l'endroit où ils vont travailler.

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À l’évidence, la nécessité d’évoluer est assez largement partagée. Pour autant, jusqu’où les policiers américains sont-ils prêts à aller ? Pas question pour eux d’abandonner le port de l’arme en toute circonstance. Question de sécurité : 300 millions d’armes circulent aux États-Unis. Dans de nombreux États, il est parfaitement légal d’en avoir une dans son véhicule. Tout cela ne contribue pas à faciliter la fameuse "désescalade" au centre de toutes les réflexions aujourd’hui.

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