La parole des victimes de pédophilie se libère de plus en plus et la population prend de plus en plus conscience de l'étendue des actes de pédophilie. Mais la prise en charge des agresseurs n’est pas toujours adaptée.

Certains se retrouvent dans des groupes de parole, comme celui où s'est rendue Danielle Messager. Il est assez unique car il rassemble parfois des pédophiles et des victimes. Autour de la table, sept personnes, dont Marco qui, comme beaucoup, réalise au moment de la puberté, que son attirance est différente.

Pendant l’été à la plage je me suis rendu compte que les fillettes de 6-7 ans avaient sur moi un effet d’excitation sexuelle. C’est là que j’ai commencé à admettre que dans mon cas on pouvait utiliser ce mot, le mot "pédophile". L’effet que ça m’a fait, c’est mon destin c’est de devenir un monstre, du coup ma première réaction c’était la mort, parce que je ne peux pas vivre avec l’idée que tôt ou tard je vais faire du mal. J’ai demandé à voir un psy mais bien sûr je ne lui ai pas raconté le vrai problème, je m’imaginais qu’il allait soit me coller dans un hôpital psychiatrique, soit le raconter à mes parents.

Il existe des groupes de parole pour les pédophiles, une solution qui peut éviter le passage à l’acte
Il existe des groupes de parole pour les pédophiles, une solution qui peut éviter le passage à l’acte © Sipa / 20 MINUTES

Ne rien dire, même au psychiatre, par honte ou par peur.

C’est dans ce groupe seulement que Marco a trouvé le courage de parler et que l’animatrice Latifa Beneri fait un travail de prévention .

Elle a créé l’association l’Ange Bleu . Depuis des années, elle entend des délinquants sexuels demander de l’aide en amont : être écouté pour ne pas passer à l’acte.

Certains sont uniquement pédophiles parce qu’ils ont des désirs mais ils font le choix de ne jamais passer à l’acte. La majorité me disaient pendant des années j’avais besoin d’aide, j’ai dérapé, je suis passé à l’acte 20 ans après les premières sensations de désir envers les enfants. J’ai eu plus de 15 appels d’adolescents qui sont dans une détresse totale parce qu’ils découvrent leur désir à l’égard des enfants, donc ils sont sauvables. C’est à cet âge là qu’il faut absolument les prendre en charge pour ne pas les enfermer dans une étiquette pédophile ou dans des désirs qui peuvent aller très loin.

Quelles sont les recommandations en termes de prise en charge? Une psychothérapie comportementale. Quand il y a eu passage à l’acte, la justice peut ordonner une injonction thérapeutique .

Le Pr Florence Thibaut est psychiatre et endocrinologue, spécialiste de ces conduites sexuelles déviantes à l’hôpital Cochin à Paris. 10% des pédophiles relèvent d’un traitement anti-androgène, appelée castration chimique .

L’idée c’est d’enlever le caractère obsédant de la sexualité. Un patient pédophile, en particulier ceux qui s’intéressent aux petits garçons qui sont les plus dangereux en terme de récidive, ils se réveillent le matin ils n’ont qu’une envie, c’est de trouver un petit garçon pour avoir une relation sexuelle. Quant on le met sous traitement anti-androgènes, il est moins envahi par le désir sexuel. Il est beaucoup plus capable de prendre de la distance et de se dire c’est pas bien, ce que je fais c’est monstrueux, j’aurais du me faire soigner plus tôt, qui sont les discours qu’on voit au bout de 3-4 mois de traitement anti-androgènes chez les pédophiles multirécidivistes, multi-condamnés par ailleurs.

C’est le cas de Bruno, aujourd’hui hospitalisé dans le Sud la France. Mais il a décidé d’arrêter ce traitement.

Le problème avec la castration chimique c’est que suite à cette castration j’ai eu une tumeur aux testicules. Une fois que vous êtes enclenché dedans les médecins veulent plus vous la retirer donc j’ai tout arrêté, contre l’avis médical.

Apres une errance thérapeutique, c’est dans un service spécialisé d’addictologie que Bruno semble avoir trouvé le bon traitement.

Une fois par semaine j’ai rendez-vous avec un psychologue spécialisé dans cette déviance. Déjà je me sens compris avec des gens qui connaissent bien la maladie. Je peux appeler un psychologue à n’importe quelle heure, je me sens entouré et encadré. Je suis suivi, il y a des gens qui veulent m’aider, je ne peux pas les décevoir. J’espère qu’un jour ou l’autre j’en aurais plus besoin, mais c’est vrai qu’on m’a dit une fois qu’on est pédophile on l’est jusqu’à la fin de sa vie. Comme un ancien alcoolique, un ancien fumeur, on ne fume plus, on ne boit plus mais on est toujours tenté. Je ne veux plus faire de victimes.

Ces services manquent en France tout commeil manque une sorte de numéro vert pour des personnes susceptibles de passer à l’acte et qui recevraient une écoute spécialisée. Ce vrai travail de prévention pourrait permettre d’éviter de nombreuses agressions.

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