Le rapport de Human Rights Watch est sans équivoque : des persécutions ont bien eu lieu en Tchétchénie contre la minorité homosexuelle. Dossier plutôt embarrassant pour Moscou.

Rencontre Poutine Kadirov à Moscou il y a quelques mois
Rencontre Poutine Kadirov à Moscou il y a quelques mois © Reuters / Sputnik Photo Agency

Après la promesse de Vladimir Poutine à Emmanuel Macron, lundi à Versailles, de faire toute la vérité sur les persécutions d’homosexuels en Tchétchénie, Moscou a été le cadre, en début de semaine, d’un procès de militants LGBT accusés d’atteinte à l’ordre public. Ces derniers souhaitaient pourtant simplement remettre aux autorités une pétition de deux millions de signatures de protestations.

Cette question continue de mettre sous pression le Kremlin, également confronté aux départs de ces homosexuels partis se réfugier dans les pays occidentaux.

A Moscou, le silence des victimes

A Moscou, après la sortie d’un rapport édifiant de Human Rights Watch, les victimes, d’abord soucieuses de témoigner, préfèrent aujourd’hui se taire.

L’effet secondaire de la pression internationale, exercée sur la Russie, a conduit les associations de défense des droits de l’homme à modifier leur stratégie : aujourd’hui à Moscou, il est très difficile d’obtenir des témoignages. Alors que la pression s’accentue sur le pouvoir, la peur monte encore d’un cran du côté des victimes qui préfèrent se taire.

Mais le rapport de Human Rights Watch est sans équivoque : des persécutions ont bien eu lieu en Tchétchénie contre la minorité homosexuelle, notamment au début de cette année 2017, comme l’explique Tania Lokshina, directrice de Human Rights Watch pour la Russie : "De la dernière semaine de février et moins jusqu'à la première semaine d'avril, la police a appréhendé des hommes qu'elle soupçonnait d'être homosexuels, les a détenus dans des lieux tenus secrets durant des semaines, les a humiliés, torturés et les a forcé à donner des informations au sujets d'autres hommes susceptibles d'être homosexuels. J'ai des interviews avec des victimes et elles m'ont dit que certains des hommes arrêtés n'étaient pas retournés dans leurs familles".

Pour certains, un problème "exagéré"

Malgré les témoignages, d’autres voix se font entendre pour dire que le problème de l’homosexualité en Tchétchénie revêt un caractère artificiel. C'est le cas d’Alexeï Malachenko, chercheur au Centre du Dialogue des Civilisations à Moscou, et spécialiste de la Tchétchénie. Il parle des forts ancrages traditionnels des habitants de cette République musulmane. Il connait bien Ramzan Kadyrov, l’homme fort de Grozny, et son analyse des dangers qui visent les homosexuels sur place est pour le moins à contre-courant.

Peut-être vous serez étonné, mais je pense que le problème concernant la Tchétchénie est exagéré

Alexeï Malachenko : "J'ai été sur place de nombreuses fois et jamais on ne m'a parlé de ce problème. C'est une histoire artificielle. Bien sur il y a des témoignages, mais pourquoi ça sort maintenant ? C’est des problèmes de médias utilisés pour frapper contre Kadyrof."

Quelles conséquences diplomatiques ?

Si on oublie ces dénégations pour ne regarder que la question de la relation entre Kadyrov et Poutine, quels peuvent en être les conséquences ?

C’est un dossier tellement embarrassant pour le Kremlin, que ce problème du traitement infligé aux homosexuels en Tchétchénie va se régler assez vite, selon Zoia Svetova, journaliste pour le site du parti d’opposition "Russie Ouverte" : "Vladimir Poutine a parié sur Kadyrov depuis des années comme étant une personne qui peut assurer l'ordre et la paix en Tchétchénie et il ne veut pas prendre le risque de gâcher cette relation ou de mettre quelqu'un d'autre.

Pour le pouvoir russe, c’est mieux de faire semblant que les journaliste ont fait leur travail, et que le comité d'investigation va vérifier ces informations. Le pouvoir russe fermera les yeux devant le fait que les militants des droits de l'homme vont faire évacuer les homosexuels de Tchétchénie et fera semblant que le problème est réglé

On est donc dans un jeu de dupes. La seule avancée importante serait pour les homosexuels tchétchènes d’avoir l’assurance de partir sans être inquiétés. Ce qui ramène à la position de Sergei Lavrov au lendemain de la visite de Vladimir Poutine en France. Le ministre russe des Affaires Etrangères disait alors : "Il n’y a pas de faits concrets. S’il y a des faits concrets. Il y aura des réponses concrètes".

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.