Zone verte ou zone orange ? Les restaurateurs ne pourront pas tous ouvrir dans les mêmes conditions demain. Et quand deux communes voisines, en pleine campagne, se retrouvent d’un côté et de l’autre de cette "frontière sanitaire"... ça passe mal.

Le restaurant "Chez Gaston", dans les Yvelines, sur la Nationale 3
Le restaurant "Chez Gaston", dans les Yvelines, sur la Nationale 3 © Radio France / Julie Pietri

« Moi je suis en zone orange, et là-bas ils sont en zone verte. J’ai rien contre mes confrères, je suis très content qu’ils rouvrent d’ailleurs, mais c’est une tartufferie. Une tartufferie politique ». Patrick tient un restaurant et une pizzeria, le long de la Nationale 13, à Chauffour-lès-Bonnières. La commune de près de 500 habitants est située en Île de France, département des Yvelines, et donc en zone orange. Mais la Normandie est là, toute proche. Le panneau qui indique le début du département de l'Eure est à quelques centaines de mètres plus loin sur la route". 

Voyez, c’est un coin paumé, en pleine campagne. Il n’y a pas un passant, il n’y a rien. Mais comme on est à 200 mètres de la frontière entre la zone orange et la zone verte, on ne pourra pas ouvrir

Patrick pourrait servir ses clients en terrasse, mais il y a renoncé : « Ce coin de terrasse, regardez... on pourrait mettre ici, quoi,  trente personnes? Mais si d’un seul coup il se met à pleuvoir ? Ici, ce n’est pas la Côte d’Azur. C’est un peu comme au casino, si vous voulez : je ne prends pas le pari d’ouvrir tous les jours : je sais qu’on ne pourra pas. Pour peu que pendant trois jours vous ayez un vent glacial... et là vous avez zéro ! Et pendant ce temps, les frais fixes sont là, bien sûr ». 

Une partie du parking de "Chez Magne" sera transformé en terrasse
Une partie du parking de "Chez Magne" sera transformé en terrasse © Radio France / Julie Pietri

"Manque de chance, on reste dans l'orange"

Presque en face, de l’autre côté de la route, la famille Magne qui tient « Le Bon accueil », restaurant routier depuis 5 générations, a fait un autre choix. Après avoir préparé des plateaux repas aux routiers, durant le confinement, elle tente le service en extérieur, sur un parking transformé en terrasse, le long de la nationale. Son défi : attirer les clients alors qu’un concurrent direct se trouve un peu plus loin sur la route, en zone verte. En cuisine avec son équipe, Michel Magne, le gérant, tente d’organiser la reprise : « Moi je veux bien acheter deux-trois grands parasols. L’idée c’est de se faciliter la tâche. Une grillade avec une portion de frites, un dessert et puis voilà ! Allez action ! ». 

Au milieu de son parking d’un hectare, il imagine la disposition des tables. « Manque de chance, on reste dans le orange. Faut bien mettre une limite quelque part. Elle est à 300 mètres à peine. C’est comme ça ! ». Craint-il la concurrence normande, toute proche ? Non, assure-t-il avant d’ajouter : « Je vais m’adapter, je vais me bagarrer et ça va aller. Dans la région, je suis le seul à avoir fait des plateaux-repas pour les camions. Beaucoup auront la mémoire. Mais si on ne réagit pas, on est morts ». D’ailleurs, même Lilian, un habitué qui est venu récupérer des plats à emporter pour son entreprise l’admet : « Ce qui est sûr c’est que j’irai dans un autre restaurant, en Normandie. Là, on va vraiment plus profiter ». 

Le "routier" de Patricia, en zone verte
Le "routier" de Patricia, en zone verte © Radio France / Julie Pietri

À quelques minutes en voiture, sur la même Nationale 3, Patricia, qui tient un autre routier, l’ « International Hôtel » à Chaignes,  accueillera, elle, de nouveau ses clients en salle, dès demain : « Cuisine traditionnelle, beaucoup de fait maison et vue sur la nationale». Dans la salle principale, les couverts sont installés : « Mon concurrent reste en zone orange... mais il est plus ancien que moi. L’avantage sera de courte durée (...) Je devrais me réjouir d’être en zone verte... Je suis contente bien sûr, mais inquiète aussi. On nous impose des restrictions avec le protocole sanitaire. Je crains fort de n’avoir que 20 clients à midi et 15 le soir, ou inversement. Je ne pourrai peut-être pas garder tout mon personnel ». 

Les maires de Chaignes et Chauffour-Lès-Bonnières
Les maires de Chaignes et Chauffour-Lès-Bonnières © Radio France / Julie Pietri

Pour le maire de Chaignes, Guillaume Grimm, passé au restaurant, « ce n’est pas une vingtaine de jours qui va faire la différence. Nous sommes trop proches pour désigner un gagnant et un perdant ». Gérard Clément, son homologue de Chauffour-lès-Bonnières est sur la même ligne : « Si on change les limites, d’autres diront 'pourquoi nous' ? On leur dit : patientez, il n’y a que ça à faire. Mais on va tirer la langue un peu plus longtemps ». Les deux maires espèrent que les restaurants du coin seront logés à la même enseigne dès la fin du mois de juin. 

Les invités
L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.