C'était le 1er mai 93, vers 18 heures, le long d'un canal, à Nevers dans La Nièvre. L'ancien Premier ministre socialiste, Pierre Bérégovoy, se suicidait avec l'arme de son garde du corps. Un suicide qui, 15 ans après, suscite toujours la polémique. C'est vrai que 15 ans après, il y a des témoignages qui - de façon isolée - peuvent sembler troublants, comme celui de Pascal Mornac. Le 1er mai 93, ce chanteur-musicien jouait de la guitare avec 2 amis, le long du canal, à Nevers, quand il entend 2 coups de feu, se rapproche puis tombe sur une vieille dame et son chien, ainsi que deux hommes (interview). Un témoignage évidemment qu'on peut interpréter de 1000 façons. Pascal Mornac ne s'était pas manifesté aux enquêteurs à l'époque. Il témoigne également dans un film diffusé samedi prochain sur France 3, qui défend la thèse de l'assassinat. Pourtant, cette thèse ne résiste pas à l'épreuve des faits. Elle n'est confirmée par aucun élément matériel ou médico-légal. D'abord, les partisans de l'assassinat affirment que le sommet du crâne de Pierre Bérégovoy porterait la trace d'un impact de balle supplémentaire, ce que dément publiquement pour la première fois, le lieutenant-colonel Daniel Saksik, responsable des pompiers dans la Nièvre, premier sauveteur arrivé sur place, à 18H21 (interview). Le docteur Alain Chantegret était lui responsable du SAMU. Arrivé quelques minutes plus tard, il a coordonné l'ensemble des secours et l'évacuation de Pierre Bérégovoy vers l'hôpital du Val-de-Grâce. Lui aussi, s'exprime pour la première fois. C'est bien une seule balle, dit-il, qui a traversé le crâne de l'ancien Premier ministre (interview). On a également beaucoup parlé de l'éventuelle présence d'une balle restée dans le crâne de Pierre Bérégovoy, d'autant que 2 coups de feu ont effectivement été tirés, comme l'a confirmé l'enquête et l'examen du barillet de l'arme. Deux hypothèses pour les enquêteurs : un tir raté vu la dureté d'un 357 Magnum ou bien un tir pour essayer l'arme. 2 coups de feu, mais aucune balle n'est restée à l'intérieur du crâne, comme le confirme le Procureur de la République de Nevers de l'époque, Dominique Le Bras, qui a insisté, à l'époque, pour qu'une autopsie ait bien lieu (interview). Selon les notes prises à l'époque par le Procureur, des notes que nous avons pu consulter et qui sont accessibles sur le site internet de « France Inter », aucune lésion violente, ou lésion de défense n'a également été constatée durant l'autopsie. Alors d'où vient cette théorie de la balle dans le crâne ? Peut-être un élément d'explication avec le témoignage du docteur Jean Nicot. Il a examiné un cliché du scanner de Pierre Bérégovoy à l'hôpital de Nevers, le 1er mai 93. Et ce qu'il a constaté, ce n'est pas une balle mais la trace d'un projectile (interview). Et le lieutenant-colonel de gendarmerie Michel Lucas, qui a dirigé l'enquête pendant 2 mois sur la mort de Pierre Bérégovoy, confirme bien l'absence de projectile (interview). L'expertise balistique, avec examen de la poudre sur les vêtements, a montré que c'est bien l'arme du garde du corps qui a été utilisée par Pierre Bérégovoy. La terre a été retournée en profondeur sur 100 mètres carré pour tenter de retrouver les deux balles, en vain, perdues dans la nature. Reste la présence incongrue de l'arme de service du garde du corps dans la boîte à gants de la voiture de Pierre Beregovoy. Devant les enquêteurs, le garde du corps a reconnu, accablé, avoir laissé son arme dans le vide poche. Ce qu'il faisait d'ailleurs régulièrement, explique l'actuel sénateur-maire de Nevers, Didier Boulaud, ancien suppléant et chef de cabinet de Pierre Bérégovoy (interview). Quant aux ultimes coups de téléphone de Pierre Bérégovoy, l'enquête a montré qu'ils ont été passés à 17H48, appel de 32 secondes à la mairie de Nevers puis à 17H53, 36 secondes à une amie parisienne, qui n'était pas disponible pour parler. Enfin, le fameux carnet noir que Pierre Bérégovoy portait toujours sur lui et qui a fait couler beaucoup d'encre. Il a en réalité été restitué à l'époque au gendre de l'ancien Premier ministre, car il portrait des indications d'ordre privé. Une enquête de Benoît Collombat.

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Page spéciale Pierre Beregovoy - Contre enquête sur un suicide

Documents inédits, nombreux témoignages en longueur : magistrat, enquêteur, médecins, proches de Pierre Bérégovoy...

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