Les producteurs commencent à voir les effets du changement climatique sur la fameuse clémentine corse. Avec l'appui de l'Inra, l'Institut national de la recherche agronomique, ils cherchent les variétés de demain, plus adaptées, plus résistantes.

Différents types d'agrumes à l'Inra de San Giuliano en Corse
Différents types d'agrumes à l'Inra de San Giuliano en Corse © AFP / Pascal POCHARD-CASABIANCA

Les producteurs commencent à voir les effets du changement climatique sur la fameuse clémentine corse. Avec l'appui de l'Inra, l'Institut national de la recherche agronomique, ils cherchent les variétés de demain, plus adaptées, plus résistantes.

Dans les trois hectares de vergers en coteaux plantés par ses parents à Santa Maria Poggio, près de la mer, Matthieu Donati, producteur de clémentines, ne peut que le constater, les choses changent : "A la Noël, quand j'étais jeune, on était au milieu de la campagne de clémentines, aujourd'hui à la Noël, on est déjà en fin de campagne. La maturité a glissé de cinq semaines. Là encore, si je fais référence à mes parents, on avait début novembre un feu de bois allumé au milieu de la rangée des arbres et on se chauffait. Aujourd'hui on est en tee-shirt pour faire les récoltes, parce que le froid dans la journée n'existe plus. Par contre les nuits restent froides et ça fait glisser la coloration du produit".

Les fruits perdent plus vite leur acidité, mais restent verts plus longtemps. Le coupable, c'est le réchauffement climatique. Et forcément, cela inquiète Pierre-Paul Monteil, producteur d'agrumes à Luciana : "C'est évident, ne pas voir les choses serait une erreur stratégique grave. On n'est pas encore dans la difficulté, mais ce n'est pas pour ça qu'on n'essaie pas de réfléchir et de voir dans quelle mesure on peut anticiper pour ne pas subir".

Surtout que le réchauffement n'est pas la seule menace. La maladie du dragon jaune, qui a déjà décimé presque tous les orangers de Floride, pourrait atteindre les vergers de Méditerranée

Les agriculteurs corses le constatent : la maturité des agrumes a avancé de cinq semaines
Les agriculteurs corses le constatent : la maturité des agrumes a avancé de cinq semaines © Radio France / Rosalie Lafarge

Pour anticiper, les producteurs peuvent compter sur les chercheurs de l'Inra

À travers un travail sur les pratiques agricoles sur l'identification de variétés mieux adaptées à un climat plus doux, plus résistantes aux maladies. Mais aussi un travail d'innovation de création de nouveaux agrumes pour pérenniser la filière. Et le gros avantage pour Franck Curk, ingénieur agronome à l'Inra de San Giuliano en Corse, c'est que les principales espèces d'agrumes sont sexuellement compatibles entre elles : "Chez les agrumes, le bonheur qu'on a c'est qu'on arrive à croiser, de manière naturelle (tous les printemps on se déguise en abeille, on prend du pollen d'une variété qu'on met sur les fleurs d'une autre), de gros pamplemousses qui ont la taille d'un ballon de football avec des kumquats qui ont la taille d'une cerise. On peut croiser la clémentine à l'orange, parce qu'ils sont tous interfertiles. Et on a une gamme de diversité absolument incroyable, surtout ici puisqu'on a plus de 1 000 variétés en plein champ."

Des rangées et des rangées d'arbres : un verger de 13 hectares d'orange, de cédrat, de bergamote, de tangelo, de main de Bouddha qu'on peut donc s'amuser à croiser à l'infini. 

Particularité des agrumes : on peut les croiser entre eux
Particularité des agrumes : on peut les croiser entre eux © Radio France / Rosalie Lafarge

Puisque l'histoire des agrumes est une histoire de croisements, rappelle le généticien François Luro : 

Toutes les variétés cultivées, l'orange, le citron, la clémentine ou le pomélo, sont issues de croisements naturels entre espèces. Les espèces fondatrices sont la mandarine, le pamplemousse, le cédrat et une espèce sauvage qui s'appelle les papedas.

Ces quatre-là ont fait des enfants, qui ont fait des enfants. Et croisez la fleur de l'un avec le pollen de l'autre, vous obtenez une très grande famille explique François Luro : "Ça ce sont les parents : pomélo et clémentine. Et ça, ce sont leurs enfants, j'en ai à peu près une centaine, ils sont tous différents. C'est comme nous, un père et une mère vont avoir des enfants, chaque enfant est différent".  

Avec les deux mêmes parents, vous pouvez avoir de gros fruits jaunes, de tout petits bien plus orange, certains très amers, d'autres beaucoup plus doux. 

Et c'est grâce à ce travail qu'on peut créer de nouvelles variétés commercialisables. Ça permet de savoir quels sont les gènes qui contrôlent donc l'amertume ou la couleur. Il n'y a ensuite "plus qu'à" sélectionner les caractères jugés intéressants pour s'adapter à la terre, au climat et au goût des consommateurs 

Ça, c'est la partie de Yann Froelicher, le chercheur au Cirad coordonne, toujours à San Giuliano, le programme Innov'Agrumes : "Aujourd'hui ce qu'on cherche à créer, ce sont des mandarines plutôt tardives qui viennent compléter la gamme de clémentines". 

Et pourquoi pas une mandarine sanguine. C'est l'un des objectifs des chercheurs. Pour ça, le biologiste récupère les pépins issus des croisements qui l'intéressent. Il les place ensuite dans des tubes à essai : "Donc ici vous avez des mandarines in vitro et à ce stade-là, je peux déjà vous dire que c'est sans pépin et sanguin. On a identifié le marqueur moléculaire et on est capable de le suivre, de savoir s'il est présent ou non". 

Yann Froelicher coordonne le programme de création de nouveaux agrumes Innov'Agrumes
Yann Froelicher coordonne le programme de création de nouveaux agrumes Innov'Agrumes © Radio France / Rosalie Lafarge

La course à la mandarine sanguine est lancée, celle du citron vert corse aussi. Les fruits créés en laboratoire doivent ensuite être validés par les producteurs. Avant de se retrouver, un jour, dans la bouche des consommateurs. 

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.