Emmanuel Macron reçoit demain le président de la République italienne Sergio Mattarella pour célébrer les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci. Un geste de de réconciliation après des mois de tension entre les deux pays, qui n’ont pas épargné le génie.

A Vinci, dans la campagne toscane, la maison natale du maître de la Renaissance.
A Vinci, dans la campagne toscane, la maison natale du maître de la Renaissance. © Radio France / Mathilde Imberty

Il ne fallait pas moins que cela : deux chefs d’Etat réunis à Amboise et Chambord pour mettre un terme à une polémique qui parasite les relations entre leurs deux pays. Les mêmes pays qui ont vu prospérer le génie de Léonard de Vinci, mort il y a cinq siècles.

Si Emmanuel Macron reçoit son homologue italien Sergio Mattarella, c’est pour faire oublier les propos de la sous-secrétaire d'Etat italienne, Lucia Borgonzoni. Dans le Corriere della Sera, l’élue de la Ligue avait remis en question le prêt de tableaux du maître au Louvre, qui prépare une rétrospective.

Dans la région d’origine du génie de la Renaissance, la Toscane, on revendique avec une grande fierté l’héritage. Et pour des raisons qui ne sont pas que politiques, on partage volontiers l’avis de la ministre.

Les drapeaux italiens flottent encore aux fenêtres du bourg, planté dans un paysage d’oliviers toscans. Vinci est si fier d’avoir reçu le 15 avril dernier le Président de la République italienne pour le lancement de l’année Léonard. Artiste, scientifique, et grand observateur de la nature.

Ce que confirme Roberta Barsanti, experte passionnée et amusante, qui dirige le Musée Léonard… à Vinci !

Les collines du Montalbano et le village natal de Léonard, Vinci, ont largement inspiré le maître de la Renaissance.
Les collines du Montalbano et le village natal de Léonard, Vinci, ont largement inspiré le maître de la Renaissance. © Radio France / Mathilde Imberty

La campagne a été pour Léonard une source d’inspiration pour ses futurs travaux. Au XVe siècle, les collines sont parsemées de moulins. Il étudie la force motrice de l’eau. D’ailleurs, on va retrouver dans son Code atlantique un modèle technique de moulin. Qui porte le même nom qu’un des moulins ayant existé à Vinci. Sa terre natale l’a stimulé !

Le premier dessin de Léonard est exposé à Vinci. Il date de 1473. Une lumière très faible éclaire ce bijou excessivement fragile, au point qu’il reste en temps normal enfermé dans le noir. Un paysage raffiné tracé à l’encre accompagné de quelques mots écrits par Léonard lui-même.

Le recto du dessin dit "8P" de Léonard. La première œuvre du génie, datée d'août 1473.
Le recto du dessin dit "8P" de Léonard. La première œuvre du génie, datée d'août 1473. / UFFIZI FIRENZE

La naissance du génie

C’est à partir de ce dessin que nous savons de manière certaine que Léonard pouvait écrire aussi bien de la droite vers la gauche que de la gauche vers la droite. Et aussi bien de la main gauche que de la main droite. Ce dessin est tellement majeur que je l’appelle la Joconde des dessins ! C’est son premier. Et c’est un chef-d’œuvre absolu.

Des chefs-d’œuvre, le public en contemple toute l’année au musée des Offices de Florence, à 40 kilomètres de Vinci. L’Annonciation, Le Baptême, L’Adoration des mages, conservés dans une salle climatisée, contrôlés par les instruments les plus sophistiqués et sous le regard soucieux du directeur des Offices Eikeu Schmitt.

Il faut savoir que les trois peintures que les Offices possèdent sont des peintures sur bois. Il s’agit de matière organique ! Et avec ne serait-ce qu’un tout petit peu d’humidité - sans même parler de changement de température ! – le bois se gonfle ou se rétracte.

Au musée des Offices, à Florence, on se bouscule devant "L'Adoration des mages" et "L'Annonciation" (à droite), deux chefs-d'œuvre de Léonard de Vinci.
Au musée des Offices, à Florence, on se bouscule devant "L'Adoration des mages" et "L'Annonciation" (à droite), deux chefs-d'œuvre de Léonard de Vinci. © Radio France / Mathilde Imberty

2 millions de visiteurs traversent la Salle Léonard chaque année. « C’est un temple pour nous, les Italiens », commente Claudia, une jeune visiteuse.

C’est un artiste italien avant tout ! C’est notre culture, ce qui nous représente ! Oui, il est célèbre dans le monde entier, mais n’oublions pas qu’il est italien. Il vient de chez nous !

Léonard doit être promu en Italie en priorité. C’est l’un des arguments de la sous-secrétaire d'Etat italienne Lucia Borgonzoni pour rediscuter les accords avec la France.

La peur du risque

Pour des raisons purement techniques, le directeur des Offices a pour sa part émis un avis négatif au prêt de ses œuvres au Louvre. Même perplexité chez Roberto Bellucci, qui a restauré durant trois ans la célébrissime Adoration des mages au sein de l’Atelier des Pierres dures de Florence – le plus prestigieux au monde.

A Florence, l'Opificio delle Pietre Dure, où l'on restaure des œuvres de Léonard, les craintes de les voir voyager sont grandes.
A Florence, l'Opificio delle Pietre Dure, où l'on restaure des œuvres de Léonard, les craintes de les voir voyager sont grandes. © Radio France / Mathilde Imberty

Il est vrai qu’aujourd’hui, on est capable de réduire les risques. Mais le risque zéro n’existe pas ! "L’Adoration des mages" fait 2,5 mètres sur 2, il est constitué de dix  panneaux de bois. Il est conservé de manière optimale dans SON environnement, mais nous n’avons pas suffisamment de garanties pour le déplacer. 

Entre la prudence des experts et l’hostilité de certains politiques, quelles œuvres de Léonard franchiront in fine les frontières de l’Italie ? Des arbitrages devraient être rendus en marge des célébrations demain.

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