Au Texas, la frontière entre Mexique et États-Unis
Au Texas, la frontière entre Mexique et États-Unis © Reuters / Shannon Stapleton

C’est probablement le tournant décisif de la campagne américaine aujourd’hui : le Super Tuesday, 12 états qui votent simultanément. Parmi eux, le Texas, deuxième plus grand état des États-Unis. Après la Californie, c'est celui qui a la plus forte concentration d’immigrés, dont tous les candidats parlent beaucoup.

Près de 40 % de la population du Texas est latino. Entre la musique, les magasins de tortillas et de tacos, les enseignes "aqui se habla espanol", les feuilles de cactus, il suffit de se trouver devant ce supermarché de Jefferson boulevard, en plein Dallas, pour avoir l'impression d'être au Mexique. Dallas, c’est 43 % d’hispaniques. Le Texas partage presque 3000 km de frontière avec le pays voisin, en partie cadenassée par cette fameuse barrière censée empêcher des centaines de milliers de migrants de venir aux Etats-Unis . Un mur dont Donald Trump a fait un emblème, avec des discours de ce type...

Quand le Mexique nous envoie des gens, il envoie des gens qui ont plein de problèmes. Ils amènent leurs drogues, leur délinquance, leurs violeurs… Dans le lot j’imagine qu’il y a quelques gens bien.

Ces propos ont fait totalement déraper la campagne des primaires dans une rhétorique raciste et très décomplexée. Et cela bien sûr scandalise Arturo Soria, un jeune américain d’origine latino.

Il crée une culture de violence et de racisme. Et ce qui me fait le plus peur avec un type comme ça comme candidat, c’est qu’il y a des millions de personnes qui partagent ses idées et qui pensent qu’il dit vrai. Ce pays ne va pouvoir avancer. Je pense qu’il est dingue.

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50 millions de latinos vivent aux Etats-Unis, presque 20% de la population

Et au Texas, on les voit partout. Parmi eux, beaucoup d’ouvriers, de femmes de ménage, depuis des siècles ce sont les petites mains qui bâtissent le Texas. Beaucoup sont des clandestins, qui ont jusqu’ici été tolérés, car c’est une main d’œuvre à très bas prix, et qui sert les intérêts des entreprises installées dans cet état très dynamique.

Pour Frida Espinosa, qui a obtenu la naturalisation en se mariant, cela prouve que les Etats-Unis n’ont pas fait le ménage dans leur histoire.

Les gens, au fond, veulent garder des esclaves. Parce que finalement, c’est bien de cela dont il s’agit. Cette façon de considérer les autres, de leur refuser d’avoir les mêmes droits, la même valeur... C’est très triste.

Pamela Resendiz avait dix ans lorsqu’elle a passé clandestinement la frontière avec ses parents ; 17 ans plus tard, elle est toujours sans papiers. Elle a toujours vécu dans la peur d’une arrestation. Elle qui a grandi et étudié ici et s’est pourtant retrouvée en centre de rétention après avoir été prise dans une rafle. Elle a été libérée in extremis. Bien sûr, elle ne peut pas voter. Mais les latinos qui peuvent voter, finalement, ne se mobilisent pas forcément , faute de trouver le candidat qui les incarne vraiment.

Conservateurs, peu Républicains

Très religieux et très conservateurs, ils votent pourtant en majorité pour les démocrates , plus tournés vers les minorités. Quant aux latinos républicains (il y en a), ils sont extrêmement mal à l’aise. Car aucun autre candidat à la primaire républicaine n’a condamné les propos de Donald Trump. Pas même les latinos, comme Marco Rubio, ou pire, comme Ted Cruz qui se vante d’etre plus dur que Donald Trump sur l’immigration.

Pour Pamela Resendiz, "ces types n’ont de latino que le nom".

Je pense qu’ils ne sont pas représentatifs de la société qu’ils essaient parfois de capter pour la représenter. Ça montre juste à quel point ils sont déconnectés. Si vous jouez sur une thématique très anti-immigration, je ne vois pas comment vous pouvez espérer les votes des latinos.

Et ça, c’est un calcul qui risque de coûter cher aux Républicains dans l’avenir. Car d’ici dix ans, les hispaniques seront majoritaires ici. Et le jour où ces électeurs vont se réveiller, ils risquent de faire payer cher aux républicains la violence déclenchée par cette campagne. Ils sont aussi inquiets, car Barack Obama a lancé un programme qui doit permettre à terme de naturaliser quatre millions d'entre eux. Un rêve qui pourrait s’évanouir selon le candidat qui sera élu en novembre.

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