La République Populaire de Chine fête aujourd'hui ses 60 ans. L’occasion de revenir sur l'engouement qu'a suscité en France le maoïsme, un mouvement révolutionnaire qui a ici quasiment disparu en 1989, après les manifestations de Tiananmen. Le maoïsme naît de l'insatisfaction politique de jeunes étudiants plutôt très cortiqués dans la France un peu rassie des années 68, de ceux qui ont vu le marxisme trahi par Staline et pour qui Mao incarne la possibilité de « l'étincelle qui mettra le feu à la plaine ». En 1966, rompant avec le PC, ils fondent l'Union des Jeunesse Communistes marxistes léninistes et s'engagent intellectuellement mais aussi physiquement dans la Révolution (extrait du film « La Chinoise » de Jean-Luc Godard.) Le film mao de Godard, de 1967, lui a valu d'être taxé de « plus con des suisses pro-chinois ». Les maos en France les plus actifs, ce sont les Ulmars, ceux de l'école Normale Sup, autour de gens comme Robert Linhart ou Benny Levy alors étudiants d'Althusser, qui deviendra ensuite secrétaire de Jean-Paul Sartre. Christophe Bourseiller a enquêté sur ce qu'il a appelé sans grande empathie la « Folle histoire des Gardes Rouges Français » (interview). L'Union des jeunesses communistes est dissoute en 68 par décret. Elle va renaître sous une forme plus offensive : la gauche prolétarienne. Là, on est plus dans le dazibao. On se souvient de la séquestration de Robert Nogrette, cadre de Renault en 1972, en riposte à l'assassinat de Pierre Overney par un vigile. La lutte contre l'oppression capitaliste passe aussi par d'autres modes d'actions : l'établissement en usine, suivant ce précepte de Mao : « il faut savoir descendre de cheval pour cueillir les fleurs ». Roland Castro, aujourd'hui architecte du Grand Paris, animait à l'époque depuis les Beaux Arts « Vive la Révolution ». Il ne renie rien (interview). Parmi les compagnons de route de Roland Castro, des gens comme Serge July, Marin Karmitz alors cinéaste, aujourd'hui patron du conseil pour la création artistique, le philosophe André Glucksman, les écrivains Philippe Sollers ou Olivier Rolin. Aucun de ceux là n'accepte de revenir sur l'époque. Virginie Linhart, la fille de Robert, fondateur du mouvement mao et auteur d'un livre magnifique « L'établi » où il retrace son établissement comme OS chez Citroën - Virginie Linhart donc a écrit un récit très touchant sur ces enfants de Maos. Ca s'appelle « Le jour où mon père s'est tu... » Elle raconte qu'il a fallu seule exhumer cette histoire qui ne lui a pas été transmise (interview). Le maoïsme en France n'est pas tout à fait mort. Il survit sous des formes altérées, altermondialisme, combat pour les sans papiers. Il a même son journal « Partisan », celui de cet été avec cette injonction en une : « Soyons communistes ! ». ___Un reportage de Laurence Peuron.

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