Alors que le procès canonique du père Preynat pour agressions sexuelles a repris, et que le cardinal Barbarin doit comparaître en janvier pour non-dénonciation de ces crimes, l'ambiance est lourde au sein du diocèse de Lyon.

Statue de Jean-Paul II devant la basilique de Fourvière à Lyon
Statue de Jean-Paul II devant la basilique de Fourvière à Lyon © AFP / Jean-Philippe Ksiazek

C'est le symbole du climat très pesant qui règne au sein du diocèse de Lyon : aucun prêtre ayant une vision critique (franche ou modérée) de la gestion de l'affaire Preynat, ce prêtre lyonnais aujourd'hui âgé de 72 ans et accusé d'abus sexuels sur des scouts dans les années 1980-1990, n'a accepté de s'exprimer à notre micro. Un seul a bien voulu témoigner à la condition que sa voix soit masquée : 

"Il faut renvoyer le cardinal à sa propre conscience. J'ai été choqué, et je ne pense pas être le seul, du fait que, dans la défense qu'il a voulu avoir pour lui-même, il a eu tendance à vouloir se défausser sur nous en disant : 'C'est l'affaire de tous'. Or, ce qui était en cause ici, c'est sa décision de reconduire sans problème le père en question. Cela m'a un peu heurté, parce que, comme le dit clairement le comité La Parole Libérée, c'est UNE décision, d'UN évêque, qui a été inappropriée".

"L'Église, c'est comme une entreprise : si vous voulez garder votre travail, vous ne tapez pas ouvertement sur le patron"

Les autres prêtres, membres du clergé et laïcs que nous avons contacté, ont préféré s'exprimer hors micro, en demandant de ne pas être cité. Ils craignent de possibles sanctions de la part des autorités diocésaines. Parmi les témoignages, l'autoritarisme de la hiérarchie du diocèse de Lyon est souvent citée. Le manque de compassion et de sincérité dans les excuses aux victimes également. Le dossier de l'affaire Preynat et sa gestion par le cardinal Barbarin "parasitent notre travail au quotidien", explique une source; "Cela discrédite tout le travail de l'Église. La déprime gagne le diocèse" renchérit un clerc qui connaît bien le diocèse de Lyon. Pourtant, ils ne sont pas forcément d'accord avec la pétition mise en ligne cet été, demandant la démission du cardinal, du moins sur la forme. 

Le diocèse divisé

Si des prêtres confessent leur désaccord avec la tête du diocèse, d'autres s'agacent surtout des rebondissements médiatiques du scandale de la pédophilie. Quelques uns, aussi, soutiennent le cardinal Barbarin, demandent que la justice, canonique comme civile, puisse prendre le temps de rendre ses jugements. Au sein de la paroisse Sainte-Marie-en-Presqu'île, en plein cœur de Lyon, le père Eric de Kermadec a écrit aux fidèles, dans le bulletin paroissial de septembre, pour comparer la pédophilie à "une culture de mort aux antipodes de l'Évangile", tout en dénonçant le climat de révélations successives, et en saluant "l'engagement sans complaisance" du cardinal Barbarin. 

Le scandale de la pédophilie et de sa gestion relance la question du cléricalisme

Ces affaires font resurgir une question bien plus large au sein de la communauté catholique : le pouvoir du clergé, presque intouchable et mis sur un piédestal. C'est ce que l'on appelle le "cléricalisme", dénoncé par le pape François lui-même. Au sein de la Conférence Catholique des Baptisés, une associations de fidèles, on se bat depuis 10 ans pour inverser la pyramide et donner plus de pouvoir aux laïcs afin que la gestion de l'Église catholique soit plus horizontale. 

"Ce n'est pas étonnant qu'en France, le scandale de la pédophilie ait éclaté chez nous" conclut sous couvert d'anonymat un laïc lyonnais, qui évoque le mal-être de ses pairs. "Le diocèse de Lyon, par son poids et son histoire, est symbolique". C'est peut-être aussi pour cela qu'il y a tant de résistance au sommet de la hiérarchie.

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