Le colonel Kadhafi célèbre en grande pompe le 40ème anniversaire de son arrivée au pouvoir en Libye. C’était le 1er septembre 1969, lors d'un coup d'état militaire qui renversa la monarchie. Même si les Européens boudent cet anniversaire, l'ancien paria est aujourd'hui courtisé dans le monde entier. A 67 ans, le guide suprême se montre volontiers fantasque, imprévisible, provocant. On connaît ses lunettes noires, ses amazones, ses tentes bédouines. « Le chien enragé du Moyen Orient », comme l'avait surnommé Ronald Reagan dans les années 80, s'est depuis reconcilié avec l'Occident. Il est reçu partout, même si ses relations restent très ambigües. Eric Rouleau, journaliste, ancien ambassadeur à Tunis, l'a rencontré plusieurs fois (interview). Depuis le coup d'Etat qui l'a porté au pouvoir à 27 ans, le colonel Kadhafi navigue entre les comités révolutionnaires, la nomenclature militaire, la vieille garde et ses fils, aux velléités réformistes, seif al islam. Jeune, Kadhafi se voulait l'héritier de Nasser, l’ancien président égyptien, chef du monde arabe et combattant de l'Occident. Depuis 2003, il regarde vers l'Afrique. un nouveau théâtre. Antoine Glazer est directeur de la publication « La Lettre du Continent » (interview). Est-ce que la Libye change ? Depuis qu'elle a été rayée de la liste des Etats voyous, la Libye, pays de 5 millions d'habitants, est en profonde mutation. Première réserve de pétrole d'Afrique, mais sous developpé, c'est un bon client pour les entreprises du monde entier. Cette ouverture économique reste strictement contrôlée par les préceptes du colonel Kadhafi, edictés dans le Livre vert. Un mélange de socialisme et de démocratie directe, évoqué par le guide suprême de la Jamaryia, autrement dit, la révolution des masses, lors de sa visite à Paris en 2007 (interview). Quelle est l'avenir de Kadhafi ? Aujourd'hui, Kadhafi concentre tous les pouvoirs. Il n'y a aucune opposition, pas de partis, pas de liberté d'expression, pas de constitution. Mais le pouvoir veille à maintenir une politique de redistribution : le pain, le riz ou l'huile sont des produits subventionnés. Bref, rien ne contraint le système à s'ouvrir politiquement. Un anniversaire au goût amer pour Slimane Bouchuiguir, secrétaire général de la ligue des droits de l'homme libyenne, basée en Suisse (interview). Comme les Européens, les Etats-Unis font profil bas. On ne sait pas si Barack Obama rencontrera Kadhafi fin septembre, lors de sa première visite sur le sol américain. _____Un reportage de Delphine Simon.

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