La guerre civile fait des millions de morts, de réfugiés, de déplacés depuis cinq ans au Soudan du Sud. La malnutrition menace de nombreux enfants, les femmes sont victimes de viols, les enfants de mutilations. Reportage dans le seul hôpital pédiatrique du pays, à Djouba la capitale.

Les enfants victimes de la guerre civile au Soudan du Sud
Les enfants victimes de la guerre civile au Soudan du Sud © Radio France / Benjamin Chauvin

Les civils sont les plus touchés par ce conflit marqué par de multiples atrocités à caractère ethnique – viols, meurtres, tortures – commises par les différents groupes armés, et une crise humanitaire catastrophique. Les populations déplacées par les conflits ne cultivent plus, et plus de la moitié de la population ne survit que grâce à l’aide alimentaire mondiale. Le conflit est également marqué par l’usage massif du viol comme arme de guerre. Selon les partenaires humanitaires des Nations unies, en 2018, 1,8 million de femmes et de jeunes filles risquent de subir des violences sexuelles. Dès 2015, les Nations unies rapportent les crimes atroces perpétrés contre les enfants par les différents groupes armés. Dans un communiqué, le directeur général de l'UNICEF Anthony Lake affirme : 

Des enfants ont été attachés ensemble avant que leurs agresseurs ne leur tranchent la gorge. D'autres ont été jetés dans des bâtiments en feu.

Comparant certaines exactions à des crimes commis en Bosnie au début des années 90, la commission de l'ONU a épinglé des cas où des victimes ont été forcées de violer des membres de leur famille. D'autres témoins cités dans le rapport énumèrent des tortures et des viols commis par des hommes armés, des yeux énucléés et des membres coupés. Une femme a notamment décrit comment elle avait été détenue dans une pièce dans laquelle se trouvaient des corps décapités, dont celui de son mari. Enfants violés et recrutés comme soldats... Selon la Commission de l'ONU pour les droits de l'homme : 

Si les combats continuent avec la même violence, seul un enfant sur treize achèvera l'école primaire, ce qui sacrifiera toute une génération.

La  commission des droits de l'Homme sur le Soudan du Sud vient de publier un rapport alarmant .

La faim, arme de destruction massive

Une jeune mère témoigne :

Je vis dans un camp. Je n'ai rien, pas de travail, pas d'argent, on n'a pas pu acheter de nourriture depuis des mois. C'est pour ça que mon bébé est dans cet état. C'est très difficile.

Il n’y a plus rien à manger : à chaque attaque, les groupes armés brûlent tout, les maisons, et les champs, et même les réserves de graines quand il en reste. Quatre millions de personnes, un tiers de la population, a fui. La moitié s'est réfugié dans les pays limitrophes comme l’Ouganda, quand les autres errent à travers le pays. Terrorisés, prêts à fuir en permanence, ils n’ont plus la force de cultiver : plus de récoltes, et plus de quoi nourrir le bétail... Les familles mangent des feuilles d'arbres. Et pour la majorité de la population civile,  la survie ne tient que grâce à l'aide du programme alimentaire mondial. 

J’ai vu des gens se faire tuer, juste à côté de moi. Je me suis enfuie, sans rien prendre avec moi. Mon mari a été tué. Je m’occupe seule de mes quatre enfants. 

Le viol, autre arme de guerre

Une femme âgée est assise près d'un bébé décharné. C'’est son petit-fils. Sa fille a abandonné l’enfant, car il est le fruit d'un viol. Selon les agences humanitaires, plus d’un million et demi de femmes et de jeunes filles pourraient être victimes de violences sexuelles cette année.

Un rapport de l’ONU, rapporte les viols, les mutilations, le recrutement d’enfants soldats par les forces pro gouvernementales mais aussi par le reste des groupes armés. 

Betty Achang Oché la coordinatrice de cette unité pédiatrique raconte :

C’est très dur. On est pris au piège d’ethnies qui ne font que se battre. Ici, on parle, on parle, on est épuisé. Tant d’enfants souffrent. Ils arrivent de loin, ils n’ont pas à manger, rien, et leurs mères sont toutes veuves. Ils sont traumatisés.

Le personnel de l'hôpital est épuisé, traumatisé, et n'est plus payé.

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