La crise politique et les affrontements en Côte d'Ivoire vont-ils avoir des effets sur la production de la richesse numero 1 du pays : le cacao ? Cette question etait au centre des discussions ces derniers jours à Cologne en Allemagne où se déroulait le salon mondial de la chocolaterie et pour certains observateurs, la Côte d'Ivoire pourrait dans les 10 prochaines années perdre son rang de première puissance mondiale du chocolat. Le cacao en Côte d'Ivoire est-il si malade que cela ? Si on regarde froidement les chiffres de la bourse de Londres, la réponse est non la crise en Côte d'Ivoire n'a strictement aucun effet sur la production et le commerce. Le pays produit toujours plus ou moins 1 million 300 000 tonnes de cacao par an et demeure le premier producteur mondial. Et au risque de choquer nos auditeurs, et bien la crise c'est bon pour le petit commerce car entre les affrontements il y a des périodes d'accalmie et c'est là que se font les achats chez les paysans. Et ça fait légèrement remonter le prix d'achat au planteur. En ce moment, ça tourne autour de 50 centimes le kilos. Mais on est loin des chiffres des voisins et pour François Ruff, économiste au centre international pour la recherche agronomique et le développement le Cirad. Les paysans ivoiriens ont dû considérablement se serrer la ceinture (interview). Et il n'y a pas que ce petit racket quotidien que l'on peut observer notamment dans la banlieue d'Abidjan là où son installées les usines des multinationales du chocolat. Il y a les détournements de fonds de la bourse du café cacao qui vont dans les poches des proches du président Gbagbo. Mais est ce que tout cela peut durer longtemps ? Oui parce que les détournements de l'argent du cacao font partie du sport national des dirigeants ivoiriens depuis longtemps. En revanche, le problème c'est que les plantations ivoiriennes sont composées de vieux arbres qu'il va falloir remplacer dans les 5 à 10 ans et que pour le moment, les planteurs n'ont pas les moyens financiers de replanter. Et donc la ressource risque de s'appauvrir. Et à qui peut profiter cette situation ? Et bien à un pays qui est très très loin de l'Afrique de l'ouest et ce pays c'est le Vietnam où ont debuté des plantations de cacao. C'est encore une petite production mais avec des résultats spectaculaires. Dans un hectare de cacaoyère au Vietnam, on produit 2 tonnes de fèves ; alors qu'à surface égale, en Côte d'Ivoire, on ne produit que 400 kg de fèves. Pour Michel Barel chercheur au Cirad, il n'est pas impossible que le Vietnam refasse avec le cacao ce qu'ils ont fait avec le café (interview). Et pour réussir, le gouvernement américain a signé un chèque de 5 millions de dollars pour l'extension des plantations. Nous allons pouvoir manger bientôt des tablettes de chocolat made in Vietnam ? A priori non, nous serons dans une logique de production de masse plutôt pour l'industrie (interview). Et si le Vietnam devient une superpuissance du cacao cela aura t-il un effet sur la Côte d'Ivoire ? Trés probablement, d'autant que les plus gros industriels du secteur Cargill, Barry Calbaut, risquent bien d'aller s'installer là-bas. Mais Alexandre Sacerdoti, le directeur général de la chocolaterie Villars à Fribourg en Suisse est plus optimise quant à la survie de l'activité cacao en Côte d'Ivoire (interview). Mais bon c'est le seul à avoir accepté de répondre à nos questions. Une chronique de Philippe Lefebvre.

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