Les passeurs de drogue sont communément appellés les "mules" ou les "bouleteux", ceux qui avalent les sachets de cocaïne pour fournir l'Europe. En 2005, l'office central de lutte contre le trafic des stupéfiants a interpellé 177 personnes dans les aéroports français. La répression ne semble pas freiner ce mode de trafic qui profite de la pauvreté dans les pays latino et qui fait son apparition en Afrique. Une histoire parmi tant d'autres. On est en Bolivie, dans un petit cabanon. Il est 6h du matin. Un jeune homme de 20 ans est en train d'avaler un dernier sachet de cocaïne. Au total, il en a 72 dans l'estomac - 800 grammes de drogue. Le jeune père de famille s'est fait recruter par un gars qu'il a rencontré dans une fête et avec qui il a sympatisé quelques mois avant. Il fait le bagage à drogue pour payer l'hospitalisation de sa femme qu'il n'a pas les moyens d'assumer avec son salaire de paysan. On lui promet 800 dollars. Il écopera de 2 ans et demi de prison après son arrestation à l'aéroport de Roissy. La pauvreté en toile de fond, c'est ce que constate très fréquemment Maître Delphine CASADEI devant le tribunal de Bobigny qui voit défiler la plupart des mules (interview). Terminal 2A de l'aéroport de Roissy. Les douaniers contrôlent des passagers. Les vols sensibles sont entre autres : Sao Paulo, Caracas, Buenos Aires et les Caraïbes. Paris n'est souvent qu'un transit avant l'Espagne, les Pays-Bas ou l'Angleterre. La douane vient de repérer un passeur néerlandais de 32 ans. Les hommes de GILBERT BELTRAN, l'un des hauts responsables de la direction inter-régionnale à Roissy, ont utilisé un test urinaire et des radios pour confirmer leur soupçons (interview). Après interpellation, les enquêtes permettent de collecter beaucoup d'informations sur le phénomène et les filières. Ils avaient démantelé un réseau de recruteurs en Europe il y a 3 ans, mais dans les pays d'Amérique Latine, c'est plus compliqué pour ne pas dire impossible. PHILLIPE SALAGNAC est le N°2 de l'office (interview). Et pour contourner les contrôles, les trafiquants se mettent à recruter sur d'autres continents. C'est une évolution assez récente, et une source d'inquiétude. L'Afrique de l'ouest sert de continent relais. Cette année, 48 Africains sont passés entre les mains du service de PHILLIPE SALAGNAC (interview). D'après l'office central de lutte contre le trafic de stupéfiants, les passeurs viennent avant tout de Bolivie, du Vénézuela, du Pérou. Ils sont payés entre 1000 et 5000 dollars. La quantité ingurgitée va de 500 g à 1 kg. En 2005, deux passeurs sont morts par overdose : l'une des boulettes s'était ouverte dans l'estomac au moment du transport. Un dossier d'Etienne Monin, journaliste - spécialiste des questions police-justice à France Inter.

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