Le rouble toujours aussi instable
Le rouble toujours aussi instable © REUTERS/Eduard Korniyenko

La chute historique du rouble face à l’euro et au dollar à des répercussions sur la population. Depuis le début de l’année, le salaire des Russes, payés en roubles, a chuté de près de 40 %. Reportage à Moscou de Jean-Didier Revoin.

Comme chaque année, les magasins moscovites ont multipliés les offres promotionnelles. En Russie, c’est le 31 décembre que l’on a échangé des cadeaux, le 25 étant un jour ouvrable tout à fait normal. Mais cette année, la frénésie d’achat a pris une autre tournure. Beaucoup de produits d’importation, l’électroménager et l’électronique notamment, sont déjà en rupture de stock.

Les Russes craignent une explosion des prix

La faute au mardi noir, comme on l’appelle ici : le 16 décembre, le rouble a complètement décroché face à l’euro, incitant une grande partie de la population à faire ses achats un peu plus tôt que prévu. Il s’agissait d’abord pour les Russes de dépenser leurs roubles dans des produits concrets, au cas où la monnaie poursuivrait sa chute, et ensuite de jouer sur l’immédiateté, les prix des produits n’ayant pas encore pu être modifiés pour refléter la nouvelle valeur du rouble.

C’est le cas de Ruslan, un jeune entrepreneur qui passe son temps entre Londres et Berlin, mais qui rénove un appartement dans le centre de Moscou :

Je suis arrivé dans le magasin, j’ai parlé avec le responsable du commerce… Et c’est pour ça, j’ai décidé d’acheter tous les trucs technologiques à l’avance, la machine à laver, le frigo, la cuisinière… parce que tous les prix vont augmenter de 50% à 60%.

Ruslan espère mettre son appartement en location à la fin du mois de janvier. Il a investi du jour au lendemain une partie de ses économies dans ces achats car il est convaincu que la stabilisation du rouble de ces derniers jours ne va pas durer. Selon lui, la monnaie russe va à nouveau décrocher, dès la fin de la période des congés du Nouvel An, aux alentours du 10 janvier, ce qui pénaliserait encore un peu plus les ventes de produits importés.

Les importateurs de vin touchés de plein fouet

Certains secteurs sont déjà durement touchés par la baisse du rouble. C’est notamment le cas dans la distribution d’alcool, comme l’explique Oleg qui travaille pour un importateur russe :

Nous achetons tout en euros et faisons notre bénéfice en roubles. Alors compte tenu du taux de change, nous enregistrons de grosses pertes, et nos réseaux de distribution nous disent déjà maintenant que les volumes s’effondrent sérieusement parce qu’en augmentant les prix de 30% à 40%, nous tuons le marché. Mais nous sommes obligés de le faire pour que notre compagnie puisse survive.

Dans de telles conditions, nombreux sont les Russes qui ont renoncé à acheter du vin européen, devenu trop cher. Pour éviter de disparaître, les importateurs doivent se tourner vers la production locale, poursuit Oleg :

Il est certain qu’une grande quantité de produits va quitter notre portefeuille parce que beaucoup de nos partenaires n’accepteront pas de payer la forte hausse du prix de nos produits et nous devrons remplacer ces produits par des produits russes. Mais leur prix va lui aussi augmenter parce que la quantité de matière première disponible ne suffit pas pour couvrir les besoins du marché. Toute la physionomie du marché va changer, c’est sûr, et la quantité de biens importés va baisser.

Ceux qui en profitent

Mais certains produits parviennent à profiter de la chute du rouble. C’est notamment le cas de l’horlogerie. Pour certaines marques, ce mois de décembre est même excellent. Stepan gère une boutique à Moscou :

Après ces quelques jours, je peux dire que c’est un des meilleurs mois dans toute l’histoire de cette boutique. Je dirais même que ce qui le caractérise, c’est que beaucoup d’étrangers ont acheté, des Européens, des Chinois… parce qu’à cause du cours, ils est plus avantageux d’acheter ici en Russie.

Stepan a relevé ses prix sans pour autant répercuter la totalité de la baisse du rouble. Il décidera d’une nouvelle hausse de prix en 2015 si l’évolution des cours l’exige.

L'histoire agitée du rouble
L'histoire agitée du rouble © Radio France
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