La Corée du Nord a procédé ces dernières semaines à plusieurs tirs de missiles intercontinentaux, mais aussi à des explosions nucléaires souterraines. Rien ne filtre pourtant sur la manière dont les habitants de ces régions vivent ces essais. France Inter a recueilli le témoignage de deux réfugiées du comté de Kilju.

Deux nord-coréennes réfugiées à Séoul montrent du doigt leur région d'origine, zone où Pyong-Yang pratique les essais nucléaires
Deux nord-coréennes réfugiées à Séoul montrent du doigt leur région d'origine, zone où Pyong-Yang pratique les essais nucléaires © Radio France / Fabian Kretschmer

La Corée du Nord fait beaucoup parler d’elle, pour ses tirs de missiles intercontinentaux de plus en plus puissants, et pour ses six explosions nucléaires souterraines – la dernière en septembre. Mais très peu savent comment ces essais nucléaires sont vécus « de l’intérieur », par les Nord-Coréens qui vivent dans la région où ils ont lieu. Frédéric Ojardias, correspondant de RFI et France Inter à Séoul, a rencontré deux réfugiées qui vivaient dans la région montagneuse de Kilju, au nord-est du pays, près de la frontière chinoise, une zone d’expérimentation nucléaire du régime.

Ces deux Nord-Coréennes parviennent à rester en contact avec leur famille restée sur sur place avec des portables chinois. La première de ces réfugiées, Lee Jeong-ha, 40 ans, explique : "Lors du troisième essai [de 2013], le gouvernement nord-coréen a annoncé aux informations l’explosion réussie d’une bombe atomique, à Punggye-ri, dans le comté de Kilju. Et c’est ainsi que les habitants ont appris qu’ils vivaient tout près d’un site d’essai nucléaire. Nous n’en savions rien, avant".

Selon Lee Jeong-ha, cette annonce n’avait alors suscité aucune inquiétude concernant une éventuelle contamination radioactive. La réfugiée raconte comment le troisième essai nucléaire a été vécu par les habitants : "Les gens se sont précipités hors de leur maison, croyant que c’était un tremblement de terre. Les bâtiments étaient très secoués, cela faisait tomber des meubles et la télévision. Et puis quelques minutes plus tard, à midi, les chaînes d’informations officielles ont annoncé qu’un essai nucléaire avait eu lieu". 

Les habitants voient cela comme un honneur pour leur région. Personne ne parle des conséquences des explosions nucléaires : ceux qui s’en inquiètent le gardent pour eux. C’est un honneur, et puis... personne ne peut critiquer le gouvernement. 

Quand ceux qui s'en vont parlent enfin

Une fois en Corée du Sud, ces réfugiés sont libres de parler, et décrivent un tableau très sombre de la situation : Oui, ils assurent que des expériences toxiques ont eu lieu à Kilju avant même les premiers essais nucléaires. Et ils racontent aussi que la région souffre d’un nombre anormalement élevé de maladies et de naissances de bébés malformés. 

Li Yeon-sil,  60 ans, est aussi originaire de Kilju : "J’ai vécu au Nord jusqu’au troisième essai, puis je me suis enfuie. Nous vivions sans être conscients des dangers du nucléaire pour notre santé. Il y a beaucoup de gens malades dans la région de Kilju... des maladies que les médecins n’arrivent pas à diagnostiquer, et que nous appelons « maladies fantômes ». D’aprés mon expérience, il y avait beaucoup de leucémies. Beaucoup de gens sont morts, même des jeunes".

Le régime nord-coréen se moque que les gens meurent, il cherche juste à maintenir son pouvoir. 

"Nos parents, nos enfants, nos proches, vivent encore tous là-bas. C’est indigne. Mais la communauté internationale ne pense qu’aux risques nucléaires et militaires, elle ignore les habitants de la région".

Quelle fiabilité pour ces témoignages ? 

C’est le problème : ils très sont difficiles à vérifier. Les symptômes décrits par les réfugiés de Kilju ne correspondent pas à ceux d’une contamination de basse intensité. Et aucune fuite radioactive n’a été détectée par les pays voisins, qui quadrillent pourtant la région de capteurs ultra-sensibles. Le gouvernement sud-coréen a effectué des tests parmi les membres de la famille de Li Yeon-sil... et il n’a décelé aucun signe de contamination. 

Ce manque de preuves n’empêche pourtant pas la presse conservatrice, à Séoul, de peindre le portrait d’une région ravagée par les radiations. Mais quand il s’agit de critiquer Pyongyang, cette presse est notoirement peu regardante sur la qualité des informations....

On entend ici beaucoup de rumeurs : il y aurait eu par exemple 200 morts dans l’effondrement d’un tunnel d’essai après l’explosion de septembre. On s’inquiète aussi d’un possible rejet dans l’atmosphère de particules radioactives, comme l’explique Suh Kune-yull, professeur d’ingénierie nucléaire à l’Université nationale de Séoul :  "La montagne [sous laquelle ont lieu les essais] souffre probablement de ce qu’on appelle “le syndrome de la montagne fatiguée”. Il y a une forte probabilité pour qu’elle s’effondre [à cause des tests].Si [les Nord-Coréens] y mènent un essai nucléaire de plus, et que la détonation atteint ou dépasse 10kt, nous pouvons nous attendre à un tel effondrement, qui sera alors suivi de la libération d’éléments radioactifs, dans les nappes phréatiques et dans l’atmosphère".

Un tel scénario explique sans doute en partie la nervosité croissante du grand voisin chinois face à ces essais nucléaire à répétition, à proximité de sa frontière...

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