Pour cette première semaine de la décennie 2020/30, France Inter présente des personnalités inspirantes, bien parties pour marquer les dix prochaines années dans différents domaines. Ce matin, l'économiste Gabriel Zucman. Il est l’économiste français en vogue de l’autre côté de l’Atlantique.

Gabriel Zucman, professeur d'économie à l'université de Berkeley (Californie ), reçoit le Premio Bernácer de Economía à Madrid en octobre 2019.
Gabriel Zucman, professeur d'économie à l'université de Berkeley (Californie ), reçoit le Premio Bernácer de Economía à Madrid en octobre 2019. © Maxppp / Fernando Alvarado

Dans le club resserré des économistes français qui ont le vent en poupe aux Etats-Unis (Piketty, Duflo, Saez), Gabriel Zucman est le plus jeune (33 ans depuis octobre) et il est déjà professeur d’économie à la prestigieuse université de Berkeley à San Francisco : "Ça fait cinq ans que je travaille ici, explique Zucman à France Inter. C’est une grande université publique qui compte entre 30.000 et 40.000 étudiants, venus de Californie, de tous les États-Unis mais aussi du monde entier. On y trouve d’excellents chercheurs dans toutes les disciplines, et en particulier en économie. C’est un environnement très stimulant pour y faire de la recherche et y enseigner".

Zucman, c’est évidemment un parcours universitaire sans faute. D’abord l’Ecole Normale Supérieure, puis l’Ecole d’Economie de Paris où il rencontre Thomas Piketty qui dirige sa thèse consacrée à "la répartition mondiale des fortunes". La réduction des inégalités est alors au cœur des travaux du jeune économiste : "La crise financière de 2008 a joué un grand rôle dans mon orientation. J’avais 21 ans et j’ai pensé : ça vaut la peine de tenter de comprendre ce qui se passe, et surtout d’essayer de voir comment on peut imaginer une répartition des ressources économiques, des revenus et des patrimoines moins inégalitaire, plus soutenable."

"L’augmentation des inégalités, phénomène mondial particulièrement fort aux États-Unis mais aussi présent en France et en Europe, ne peut pas continuer indéfiniment. À un moment donné, ce trop grand écart devient insoutenable à la fois économiquement et politiquement".

Puis c’est un autre économiste Emmanuel Saez qui convainc Zucman de tenter l’aventure américaine. Ensemble, ils ont publié à l’automne aux États-Unis "Le triomphe de l’injustice" qui de ce côté-ci de l’Atlantique a déjà fait pas mal de bruit (et qui sera publié en France en février 2020). 

Dans un pays où les 400 américains les plus riches ont maintenant un taux d’imposition moins élevé que celui de leurs concitoyens, l’idée d’un impôt sur les grandes fortunes prônée par Saez et Zucman fait son chemin. Elle est même au cœur du programme de deux candidats démocrates à la présidentielle de novembre prochain, Elizabeth Warren et Bernie Sanders : "Warren et Sanders se sont tous les deux tournés vers nous. Nous avons beaucoup travaillé avec eux et avec leurs équipes, et certaines des idées qu’on défend depuis plusieurs années (un impôt sur les très grandes fortunes, une réforme de l’imposition des multinationales pour empêcher l’évasion fiscale) font maintenant partie de leurs programmes. Elles sont mêmes devenues centrales dans cette primaire démocrate en vue de la présidentielle de novembre 2020". 

"Pour nous économistes français installés aux États-Unis, c’est peut-être plus facile d’être moins soumis à l’idéologie dominante, d’avoir un discours critique ou en tout cas plus réaliste et plus libre sur la société américaine. Ceci explique sans doute en partie l’écho que nos travaux peuvent avoir dans ce pays". 

Les États-Unis, avec des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus pauvres, sont un terrain d’étude idéal pour Gabriel Zucman. Mais dans les dix prochaines années, il se voit bien rentrer en France ou en Europe pour contribuer aux débats sur les politiques publiques.

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  • Grégory PhilippsGrand reporter, envoyé spécial permanent de Radio France à Washington
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