Depuis deux ans, les Finlandais apparaissent dans le classement de l'ONU comme le peuple le plus heureux du monde. La Finlande vient de prendre la tête de l'Union européenne, et il lui faudra toute cette énergie positive pour arriver à harmoniser les points de vue des 28. Mais quel est le secret du bonheur finlandais ?

Un ponton, une rivière, la forêt, un bateau... voire le sauna. Le kit du bonheur à la finlandaise
Un ponton, une rivière, la forêt, un bateau... voire le sauna. Le kit du bonheur à la finlandaise © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Un petit air léger envahit les rues d'Helsinki en ce mois de juin 2019. Est-ce l'été que l'on aime à fêter, et ce jour qui s'étire 20 h durant dans la capitale, voire bien plus dès que l'on monte vers le nord ? Sans doute... En tout cas, l'office de tourisme finlandais a flairé la bonne affaire avec tout ce bonheur qui vient d'être consacré par l'ONU. "Nous avons lancé une campagne qui s'appelle Rent a Fin, "Louez un Finlandais", explique Sanna Tuononen de Visit Finland. 

Nous voulions une campagne où nous montrerions le mode de vie finlandais. L'idée est de partager la vie "normale" d'un Finlandais. C'est une une expérience locale et authentique. Un guide du bonheur va ainsi accueillir chez lui ses visiteurs. Ils vont aller pêcher, faire des randonnées, cueillir des baies, des champignons, aller dans les parcs nationaux.

Et c'est justement le programme concocté par Hanna qui s'apprête à recevoir une famille venue de Chine. Le lac, la forêt et quelques gâteaux finlandais concoctés avec la grand-mère, dans le chalet d'été de la famille au bord du lac. 

Le secret du bonheur ? Simplicité et proximité avec la nature

La simplicité, la proximité avec la nature tellement présente en Finlande, c'est le secret du bonheur pour Hanna. "Le bonheur finlandais? Pour moi, dit-elle, cela vient de la nature, de la mer, des collines, de choses très simples comme le bruit de l'eau, le chant des oiseaux, le silence de la forêt..." 

Hanna, l'un des guides du bonheur finlandais, s'apprête à accueillir une famille chinoise
Hanna, l'un des guides du bonheur finlandais, s'apprête à accueillir une famille chinoise © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Cette omniprésence de la nature est une spécificité finlandaise, estime Helena Petaïsto, chroniqueuse et écrivaine. "C'est difficile à expliquer aux Français, mais on a une sorte d'union avec la nature que l'on ne retrouve plus ailleurs", pense-t-elle. "C'est pourquoi les Finlandais ont tant de petites cabanes au bord des lacs. On a 60 000 lacs, vous imaginez le lac, la petite maison rouge et les nuits blanches. Vous êtes au milieu de la nature

On a le temps de savourer des choses ici, par rapport à des pays où il y a trop de population et trop peu d'espace.

Héléna met en avant les trois S qui marquent la culture finlandaise : S pour Sibelius, le grand compositeur, si cher au cœur de la nation, S pour Sauna, une tradition tellement finlandaise que ce nom est l'un des rares termes finlandais à s'être imposé dans le monde entier, et S pour Sisu. Le sisu, Katja Pantzar y a même consacré un livre qui vient d'être traduit en français : "Les Finlandais sont des gens heureux". Allongée sur une chaise longue, au bord de la mer, dans le centre de Helsinki, l'un de ses spots favoris dans une ville qui se fond dans la nature, mer ou forêts sont tellement proches, Katja Panzar revient sur cette spécificité finlandaise. 

S comme Sisu

Le sisu, c'est au fond cette attitude finlandaise face à l'adversité, faite de courage et de ténacité, particulièrement quand des difficultés se présentent.

C'est un terme qui a plus de 500 ans. Un des exemples dans l'histoire, c'est la guerre d'Hiver, en 1939, lorsque les Finlandais ont tenu tête aux Russes alors qu'ils étaient à un contre quatre, et face à une armée puissante et suréquipée. Mais ils ont résisté et la Finlande a pu rester souveraine. "Ça, c'est le sisu" disent les Finlandais. 

Les Finlandais se définiraient ainsi comme un peuple qui affronte les défis. La nature souvent rude, ou les nuits si longues lors des hivers à moins 30°, auraient forgé un esprit d'endurance. Et le bonheur dans tout cela ? Eh bien, lorsque cet esprit de sisu vous fait plonger dans l'eau glacée après un sauna, votre corps libère les hormones du bonheur, sous l'effet du choc thermique, explique Katja Panzar. Et vous faites du bien à votre corps, comme à votre esprit.   

Katja Panzar, auteur de "Les Finlandais sont des gens heureux"
Katja Panzar, auteur de "Les Finlandais sont des gens heureux" © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Même si la réalité est bien différente des films un peu noirs d'Aki Kaurismaki, les Finlandais ne semblent pourtant pas au premier abord le peuple le plus évidemment heureux, ni le plus souriant.

Tout dépend de ce que l'on entend par bonheur,

Frank Martela, philosophe et chercheur à l'université de Helsinki, spécialiste du bonheur explique : "Ce rapport mesure l'indice de satisfaction. Or il est très élevé chez les Finlandais, si l'on songe à l'État providence"

Frank Martela, philosophe, chercheur spécialiste du bonheur à l'université de Helsinki
Frank Martela, philosophe, chercheur spécialiste du bonheur à l'université de Helsinki © Radio France / Marie-Pierre Vérot

"Les gens ici font confiance au gouvernement, se sentent en sécurité, sont satisfaits de la sécurité sociale et du niveau de l'éducation. Tout cela participe à ce sentiment de bien être. Et d'ailleurs, ce devrait être l'un des indicateurs clefs lorsque l'on prend des décisions politiques"

"Nous devrions nous demander, avant de décider d'une politique publique, si elle va contribuer à améliorer le bien être de la population", poursuit-il. "Cela devrait être au cœur du débat politique. Et quand nous évaluons la réussite des hommes politiques, nous devrions certes regarder le taux de croissance et celui du chômage mais aussi le taux de bonheur des gens. Car dans les pays riches comme le nôtre, le PNB ne suffit pas au bonheur". 

Frank Martela fait ainsi partie de ceux qui appellent à créer un ministère du bonheur dont le rôle serait d'évaluer les politiques publiques selon ce critère. Et s'il n'a pas de recette du bonheur, il tient à mettre en garde contre les réseaux sociaux : "Sur les réseaux sociaux, les gens ne postent que des images d'eux nageant en plein bonheur. Un verre à la main au coucher du soleil... On ne poste jamais rien quand les enfants crient ou que le boulot est frustrant". 

"Suivre les autres sur les réseaux sociaux, c'est comme s'ils avaient une meilleure vie que nous. Se comparer est toujours mauvais pour le bonheur, et les réseaux sociaux amplifient ce sentiment de frustration".

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