Dans le Larzac, une nouvelle lutte se prépare, cette fois contre un mégaprojet d'énergies renouvelables. Un parc photovoltaïque près de Lodève dans l'Hérault baptisé Solarzac : jusqu’à 400 hectares de panneaux solaires. Les habitants sont consultés à partir de ce 2 mai. La concertation s’annonce animée.

 Sur le plateau du Larzac les moutons vont-ils cohabiter avec des panneaux solaires ?
Sur le plateau du Larzac les moutons vont-ils cohabiter avec des panneaux solaires ? © Radio France / Sandy Dauphin

Sur le Plateau du Larzac, le domaine de chasse de Calmels, s’étend sur près de 1 000 hectares sur la commune de Le Cros, une cinquantaine d’habitants. Cette propriété privée, entièrement clôturée, accueille des clients à la journée pour chasser les mouflons, chevreuils, perdrix ou lapins. 

Jusqu’à l'équivalent de 560 terrains de football

C’est ici, dans un paysage de steppe balayée par le vent, que l’entreprise héraultaise Arkolia Energies veut implanter son parc photovoltaïque. Jusqu’à 400 hectares de panneaux solaires, une installation capable de fournir de l’électricité pour l’équivalent d’une ville de 100 000 habitants.

Trois scénarios sont à l’étude avec des puissances électriques variant de 180 MW à 320 MW et un investissement de 130 millions à 600 millions d’euros. Le plus coûteux prévoit l’installation en plus d’une centrale solaire (de 180 MW), d’une unité de bio-méthanation.  Le principe est de fabriquer du gaz naturel à partir d’électricité. Le procédé consiste à capturer du CO2 dans l’atmosphère, de le donner "à manger" à des bactéries avec de l’hydrogène produit par électrolyse (grâce à l’électricité générée par les panneaux solaires). Au final, le méthane ainsi obtenu serait injecté dans le réseau GRDF à une vingtaine de kilomètres de là, sur la commune de Lodève (Hérault). 

Trois scénarios énergétiques sont envisagés
Trois scénarios énergétiques sont envisagés / Document de présentation d'Arkolia Energies

On s’aperçoit clairement qu’on ne pourra pas tenir l’objectif de tripler l’énergie solaire, sans des projets semblables à celui-ci 

Si la France veut respecter l'Accord de Paris sur le climat. Si la région Occitanie veut atteindre son objectif  100 % d’énergies renouvelables d'ici 2050, ce genre de parc photovoltaïque est indispensable estime Laurent Bonhomme, pdg d'Arkolia Energie : "On n’a pas assez de toit pour installer des panneaux, ni de friches industrielles, ou de terrains qui n’ont pas de vocation agricole. On sera obligé de faire ce type de projet que ce soit ici ou ailleurs. On ne fait pas une centrale nucléaire, on fait un système de pieux battus sur lesquels on met des panneaux qui sont totalement démontables et recyclables dans 10, 15, 20, 30 ans". 

La grande taille est aussi un argument pour garantir une électricité verte moins chère affirme le porteur du projet qui promet que le site sera autonome en eau et qu’il ouvrira au public 600 hectares du domaine de Calmels, jusqu’ici interdits d’accès. 

Le label Unesco remis en cause ? 

Pas de quoi convaincre les opposants.  Regroupés au sein de l'association Terres de Larzac, terres de biodiversité, terres de paysans, ils dénoncent le gigantisme du projet. Pour le président de l’association, Bernard Ricau, ornithologue spécialiste des aigles royaux du Massif Central, il est impensable d’installer ce projet dans un territoire bardé de labels dont le plus prestigieux, celui de l’Unesco : "l'État et les collectivités locales et les habitants ont travaillé pendant des années pour obtenir des labels, comme la reconnaissance de biens patrimoine mondial de l'Unesco au titre du pastoralisme méditerranéen. Et maintenant on vient contrarier tout ce travail en implantant des usines  d’énergie, des projets industriels sur de grandes surfaces, qui vont détruire tout ce qu’on a cherché à protéger pendant des années".  

Les opposants se défendent d’être contre les énergies renouvelables, ils soutiennent un autre modèle énergétique explique Bernard Ricau : "Nous sommes pour les énergies renouvelables mais de façon raisonnée et raisonnable, sur les toitures, sur les terrains dégradés, de façon à produire une énergie le plus près possible de là où elle est utilisée".

La Confédération paysanne s’oppose également au projet au nom de la défense des terres agricoles. Etienne Lemaire vient de reprendre une ferme dans une commune voisine de Saint-Maurice la Nacelle. Ce jeune éleveur a eu du mal à  trouver du foncier pour s’installer et il s'inquiète d'une ruée vers le soleil du Lazac : "Tous les mois on a des commerciaux qui viennent démarcher dans les fermes pour proposer des panneaux photovoltaïques au sol. Ils proposent de 1 500 à 2 000 euros à l’hectare. C’est sûr qu’à ce tarif, les propriétaires sont intéressés, surtout quand ce sont des anciens éleveurs qui touchent une retraite de misère de quelques centaines d’euros. Du coup, on ne peut pas faire le poids et l’agriculture passe en second."  

Faire brouter des moutons sous les panneaux solaires ?

Faire cohabiter des brebis à viande sous les panneaux photovoltaïques comme le propose l’entreprise Arkolia Energies ?  Ce jeune éleveur n’y croit pas. "Le pastoralisme sur le Larzac, c’est l’activité qui fait vivre ce territoire estime Etienne Lemaire. On ne veut pas de ce genre de projet qui intègre l’élevage comme une variable d’ajustement. On créée un précédent".   

Parc photovoltaïque du Soler (66) d'Arkolia Energies
Parc photovoltaïque du Soler (66) d'Arkolia Energies / Arkolia - Energies

Le 21 février le bureau de la communauté de communes Lodévois et Larzac s’est prononcé contre le projet, mais il n’y a pas de vote formel de l’intercommunalité. De son côté, le maire de Le Cros Alain Viala a fait voter une motion en faveur. "Ce projet est écologique, innovant porteur". Des moutons sous les panneaux ? "Ce sont des moutons qui seront privilégiés car ils seront à l’abri et le soleil leur détruira beaucoup moins leur territoire".

La concertation préalable débute ce 2 mai. Vous pouvez consulter le dossier. Les habitants d'une trentaine de communes des alentours pourront peuvent donner leur avis jusqu'en juillet. 

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.