Wolfsburg en Basse-Saxe, dans le nord ouest de l’Allemagne, est la « ville de l'auto », « die Autostadt ». C’est là que se trouve le siège de Volkswagen, premier constructeur et exportateur européenn d'automobiles. Est-il lui aussi touché par la chute mondiale des ventes de voitures ? La baisse du marché mondial toutes marques confondues a atteint 24% sur un an en janvier. Le groupe Volkswagen (400 000 voitures vendues par mois en moyenne) s'en est mieux tiré que les autres en augmentant sa part de marché. Ses ventes mondiales ont été stables en 2008 mais un trou d'air est constaté en janvier avec un recul en Chine de 11%, en Europe de 30%, aux USA de 17%. L'usine de Wolfsburg, celle où l’on a célébré la sortie de la 25 millionième Golf en rebaptisant la ville GOLF CITY, était à l'arrêt technique la semaine dernière et ses 50 000 ouvriers au chômage partiel. Hier, on annonçait le non renouvellement de 16 000 intérimaires. Bruxelles dénonce la loi dite Volkswagen, une loi de 1960 qui donne un droit de veto à la région ainsi qu'aux représentants des salariés sur toute décision stratégique concernant l'emploi ou les délocalisations, moyennant une participation de 20% au capital. Elle est particulièrement bien reçue en ce moment. Elle empêche une des grandes familles du turbocapitalisme allemand, la famille Porsche, actionnaire majoritaire, de faire à elle seule la pluie et le beau temps à Wolfsburg. Pour devenir le seul maître a bord, Porsche voudrait que cette loi disparaisse. Elle compte sur La Cour européenne de Justice pour l'invalider. La Commission européenne voit cette loi comme une entrave à la liberté des capitaux. Et plus on s'enfonce dans la crise, plus cette loi est populaire. Et plus les actions Porsche baissent et plus s'éloigne l'hypothèse d'une OPA réussie de Porsche sur Volkswagen. Porsche a maintenant besoin de 2,5 milliards d'euros supplémentaires pour compléter l'achat de 75% des actions de Volkswagen. Le syndicat tout puissant IG METALL y est radicalement opposé. Son discours très écouté c'est : « Gardons la loi sur la cogestion, gardons la minorité de blocage de l'Etat chez Volkswagen pour assurer les emplois et empêcher les délocalisations ». La loi Volkswagen est soutenue aussi par Mme Merkel, la Chancelière allemande, et son parti CDU. L'Etat peut ici dire non aux fermetures d'usines, aux licenciements, aux délocalisations. Et c'est ce modèle semi-étatique, la loi Volkswagen, que le syndicat IG METALL, soutenu par la droite et la gauche, cite aujourd 'hui en exemple. On n'a plus confiance dans la finance alors faites d’autres lois Volkswagen pour sauver OPEL par exemple, filiale allemande de General Motors, car la meilleure protection en période de crise, c'est encore l'ETAT même décentralisé. Un réflexe de survie à moins que ce soit du protectionnisme. Cette histoire montre qu'un système dénoncé depuis des années par Bruxselles finit par apparaître comme une parade plutôt efficace en période de crise. A Wolfsburg, jeudi dernier, les chaines étaient à l'arrêt pour la première fois depuis 26 ans. Reportage de Philippe Reltien.

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