Alors que la France rentre dans sa première semaine de reconfinement, nous avons décidé ce matin d’aller dans une des régions les plus touchées… Les Hauts-de-France. Au CHU de Lille, cela fait un mois que 50 à 60% des opérations courantes ont été déprogrammées pour se dédier au Covid. Mais ça ne suffira sans doute pas.

Service de réanimation de l'hôpital Roger Salengro de Lille
Service de réanimation de l'hôpital Roger Salengro de Lille © Radio France / Marion Ferrere

À 20 minutes du centre-ville de Lille, les soignants du CHU ont une nouvelle fois poussé les murs. Au 3e étage du bâtiment se succèdent les unités de réanimation : depuis début octobre, sur les 100 lits dédiés à la Covid, 86 sont déjà occupés.

Il n'en reste que dix avec lesquels jongler, raconte le Pr Raphaël Favory, l’un des réanimateurs : "Nous ce qu’on craint, c’est le flux d’entrée. On a à peu près 7 patients par jour qui arrivent et il faut qu’on en sorte presque autant pour pouvoir les accueillir. Même si on a encore de la marge, elle est très ténue et en une nuit on peut basculer sur le fait qu’on ait plus de place. On est dans le même bateau, on va tous tenir mais ça va être compliqué… Il faut trouver des solutions pour que ça puisse passer, et qu’encore une fois on puisse ne pas choisir qui on prend ou on ne prend pas en réanimation."

Soignants contaminés

Il sait de quoi il parle : à l’hôpital, la Covid est devenue son quotidien depuis neuf mois. Il change de masque, de gants, de blouse, à chaque fois qu’il entre dans la chambre d’un patient contaminé... Pourtant, c’est à la maison qu’il a fini par contracter le virus : sa femme médecin était asymptomatique, lui a fait 6 jours de réanimation ici, dans son propre service. "J’ai eu "juste" de l’oxygène dans le nez, jusqu’à 6 litre par minute. Mais j’ai donc été hospitalisé pour une pneumopathie Covid."

À l’époque, pendant la première vague,  aucune visite de proche n’était autorisée. Aujourd’hui, c’est une heure par jour : c’est peu, et cette fois, certains patients partagent leur culpabilité avec les soignants.

Cécile, Lilloise et mère de deux enfants, ignore elle aussi comment son mari a été contaminé. À 50 ans, et sans aucun antécédent médical, il a développé une forme grave de la maladie, et est hospitalisé depuis deux mois. "Il était près de la mort parce qu’il a été trois semaines en coma artificiel, avec une machine qui oxygène le sang. Là, il vient de se réveiller et a priori, ça devrait aller. Quand j’entends les gens parler de liberté de circuler... Qu’ils viennent voir les malades ! C’est quand on tombe dessus comme ça, qu’on réalise ce que c’est : ça fait vraiment peur et c’est hyper grave."

"On n’a toujours pas de de traitement miracle"

Les cas les plus lourds, comme le mari de Cécile, restent intubés et placés sous coma artificiel, mais les méthodes ont évolué depuis le printemps. Grégoire, 37 ans, infirmier depuis 10 ans en réanimation, est très inquiet devant l’intensité de la deuxième vague,  mais cette fois il se sent plus armé pour prendre en charge les malades.

"On essaye le plus possible de les tenir non-intubés, avec des techniques d’oxygénation non-invasive. Et on a recours à l’intubation en dernier recours, ce qui réduit considérablement les complications liées à la ventilation notamment. Quand on y arrive, cela raccourcit la durée d’hospitalisation en réanimation. Ce qui est rassurant ! Maintenant, on n’a toujours pas de de traitement miracle, il faut donc relativiser."

Au CHU de Lille, la crainte des soignants persiste aussi : les cas graves vont continuer, mécaniquement, d’affluer dans les 15 prochains jours. Et malgré tous les efforts mis en place, ils ne suffiront pas à absorber les nouveaux patients.

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