La recherche et l’enseignement supérieur auraient-ils gagné leurs galons chez les politiques ? A Fleurance, dans le Gers ce week-end, ces thèmes se sont retrouvés au cœur du débat pour 7 présidentiables. Ils avaient été invités par le collectif « Sauvons la recherche », pour l’université d’automne du mouvement, 6 mois après le vote de la loi sur la recherche. Objectif : discuter d’une plateforme de propositions. Financement de la recherche, politique scientifique nationale, emplois, place de l'Europe. Les candidats ont pris position, à l’exception de trois d’entre eux. Le refus de Nicolas Sarkozy de venir dialoguer n'a pas surpris plus que ça les chercheurs. A Grenoble déjà, lors des Etats généraux, il leur avait fait faux bond. Dominique Strauss-Khan, qu'on a souvent vu lors des manifestations aux côtés des chercheurs, a invoqué des contraintes d'agenda. Quant à Ségolène Royal, son désistement de dernière minute a suscité la colère et la méfiance. Francis André Wolmann est membre de "Sauvons la recherche" (interview). Les autres en revanche sont allés au charbon. Ont-ils convaincu ? Ils ont convaincu par l'effort consenti. L'exercice qui consiste à présenter un début de programme puis à répondre à une assemblée de scientifiques qui ne réclament rien d'autre que la suppression de la loi actuelle, cet exercice était périlleux. Mais, de l'avis général, les présidentiables avaient potassé leur dossier. Le débat n'a pas été superficiel. Alors évidemment, on a entendu un certain nombre d'engagements solennels. Notamment sur l'augmentation des crédits, jugés insuffisants. Marie-Georges Buffet pour le Parti Communiste est allée jusqu'à promettre leur doublement. L'UDF François Bayrou a parlé d'une hausse de 5% par an sur une décennie afin d'éviter un soutien par à coups, néfaste au tempo que réclame la recherche. Laurent Fabius, pour le PS a surenchéri avec 10% de budget supplémentaire par an, sans préciser sur combien d'année. Il y a eu la proposition d'une taxe européenne pour financer la recherche et des échanges sur l'autonomie des universités. Au-delà des engagements, les scientifiques présents se sont félicités, à l'image d'Alain Trautman, ancien porte parole du mouvement, d'avoir remis la recherche dans le débat politique (interview). Et puis, en marge du face à face avec les politiques, les chercheurs ont continué la réflexion sur ce que doit être une loi de programmation et d'orientation, sur la place des citoyens dans les choix stratégiques. Et là-dessus, Dominique Voynet les a un peu secoués. "Sortez de vos laboratoires, nous sortirons de nos assemblées" a-t-elle lancé. Les liens entre politiques, scientifiques, chefs d'entreprises et citoyens, ce mariage à 4 est à inventer, a soutenu l'historien Dominique Pestre. Extérieur au mouvement, il a, avec l'économiste Pierre Larrouturou, balayé des idées reçues. Pour Sophie Pauchic, sociologue, cela aussi est positif (interview). Le bilan de la nouvelle loi, au bout de 6 mois d'application, il en a aussi été question, avec les mêmes critiques contre la nouvelle agence de financement, l'ANR, accusée de monopoliser les budgets et de déplumer les laboratoires de leurs crédits récurrents. Sur l'université, le débat s'est ouvert avec des questions sur l'autonomie, l'évaluation mais le chemin semble encore long. On est très, très loin d'un statut unique d'enseignant-chercheur c'est-à-dire d'un homme ou d'une femme qui partage son temps entre son labo et sa salle de cours. En France, le système reste très inégalitaire. On a des chercheurs qui ne transmettent pas leur savoir à des étudiants et à l'inverse, des profs qui n'ont pas assez de temps pour mener de recherche. Un dossier de Sophie Bécherel, spécialiste des questions scientifiques à France Inter.

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