En ce moment en Suisse, les vaches descendent des alpages pour rejoindre les fermes dans les vallées. C’est la désalpe. Celle de Charmey est célèbre : les troupeaux traversent le village, des milliers de spectateurs goûtent les spécialités locales. Mais au-delà de la fête, la réalité c’est aussi la disparition des alpagistes, ces paysans qui élèvent leurs vaches, fabriquent le fromage dans des chalets de montagne. C’est au-dessus du village de Pringy dans le canton de Fribourg que vivent Eliane et Jacques Murite. Dans leur chalet, on est loin de la ferme bucolique et colorée d'Heidi, l'héroïne des romans de notre enfance. Là c'est un chalet austère, une pièce centrale avec la cheminée où l'on fait chauffer le lait, une petite chambre où l'on fait aussi la cuisine et puis juste derrière l'étable, les 35 vaches. Et c'est dans cet univers que Jacques Murite va passer pratiquement la moitié de l'année (interview). Les journées sont longues : de 10 à 18h de travail par jour entre la traite des vaches et la fabrication du gruyère. Ce matin là, il y avait de la lassitude dans le regard de l'agriculteur (interview). Et durant ces 160 jours, il est beaucoup seul. De temps en temps, il y a un ouvrier qui vient l'aider mais il y a de moins en moins de volontaires pour faire ce métier. Du coup, Eliane, la femme de Jacques, remonte de temps en temps au chalet. Ce qui brise un peu la solitude (interview). Et si le moral de Jacques Murite n'est pas forcément au beau fixe, c'est qu'il sent bien, lui, le dernier de 5 générations de paysans alpagistes, qu'il fait partie d'une espèce en voie de disparition : celle des agriculteurs qui produisent le gruyère d'alpage. Ils sont une petite cinquantaine dans toute la confédération (interview). Comment expliquer la disparition programmée de ces agriculteurs ? Il y a l'argent, un métier très dur, mais qui ne rapporte pas grand chose par rapport au travail. La différence sur le prix du kilo de fromage payé au producteur tourne autour d'un euro par rapport au même fromage fabriqué dans la vallée. Jean-François Bielman est le porte-parole des producteurs de gruyère, et pour lui, il y a aussi d'autres raisons (interview). Alors en Suisse comme chez nous, l'agriculture est aidée. Mais pour Rémy Autemard, qui est affineur de gruyère, la solution ne viendra pas que des aides fédérales. Les consommateurs devront aussi mettre la main au portefeuille (interview). Et l'enjeu dans cette affaire n'est pas uniquement la survie économique d'une poignée d'agriculteurs, c'est surtout la préservation d’une partie du patrimoine rural et gastronomique de la Suisse. Un dossier de Philippe Lefebvre.

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