pope francis looks at superior general of the society of jesus adolfo nicolas during a special audience at the paul vi' hall at the vatican
pope francis looks at superior general of the society of jesus adolfo nicolas during a special audience at the paul vi' hall at the vatican © reuters

Des évêques mais aussi des laïcs du monde entier vont se réunir à partir de dimanche 5 octobre à Rome, pour plancher sur la famille. C’est le synode extraordinaire convoqué par le pape François.

Mais avant même le début du synode, le climat est électrique au Vatican. Des livres sont publiés, des sites internet fleurissent. C’est que la question, qui n’est pas la seule, mais qui s’annonce centrale, des divorcés remariés, divise profondément entre conservateurs et libéraux.

Le mariage chrétien est indissoluble. Donc l’Eglise catholique ne reconnaît ni le divorce civil, ni le remariage civil. Les "remariés" sont donc dans une situation irrégulière et n’ont pas accès au sacrement de l’eucharistie, la communion. C’est ce que le pape voudrait adoucir, explique le cardinal Kasper, qui avait fait des propositions en ce sens, en février, à la demande de François.

Le cardinal allemand Walter Kasper, proche du pape François

Je vois que le pape veut une certaine ouverture, mais pas n’importe laquelle : une ouverture responsable. Parce que ce pape connaît la vie et il connaît les désirs et les souffrances des gens. La miséricorde est au centre de son pontificat. La miséricorde, ça n’est pas du christianisme bon marché. La miséricorde est très exigeante. Elle nous demande d’aimer aussi notre ennemi. Ce n’est pas vraiment facile ! Mais c’est au centre du message de Jésus.

Le Cardinal Kasper a rédigé une "relation" présentée en février dernier dans laquelle il expose sa proposition :

Ma proposition c’est que le mariage est un « oui » de Dieu au couple et ce « oui » de Dieu est fidèle parce que Dieu reste fidèle, même si nous devenons infidèles. Dieu dans sa miséricorde ne laisse tomber personne dans un trou sans issue. Et c’est pourquoi Dieu donne une nouvelle chance si la personne se convertit. Je pense que l’Eglise aussi doit faire le sacrement de la miséricorde, signe et instrument pour aider une personne dans une situation difficile, comme celle-là, qui a besoin du sacrement de la pénitence et du sacrement de l’eucharistie, pour sa survie. Ceci dit, je ne pense pas que ce soit une solution pour chaque situation. Nous savons très bien que les situations sont très diverses. Mais pour ceux qui vivent dans nos paroisses, qui ont le désir, qui souffrent beaucoup et qui font ce qu’ils peuvent faire, je pense que ce sont des situations particulières et l’Eglise doit les étudier avec discernement, cas par cas. D’après moi, il pourrait y avoir la possibilité de l’absolution, et donc de l’admission à l’eucharistie. Mais ce n’est pas moi qui décide de ça. C’est le synode en communion avec le pape, et ce ne sont que mes pauvres réflexions personnelles.

Pas question de revenir sur l’indissolubilité du mariage, le cardinal Kasper préconise de voir au cas par cas et de prévoir un chemin de pénitence. Mais de nombreux cardinaux ne veulent pas en entendre parler. Ils disent qu’on ne peut pas changer la doctrine. Cinq d’entre eux, dont le gardien de l’orthodoxie, le cardinal Muller, ont publié un livre critiquant cette proposition, et donc en filigrane le pape, son titre : « Rester dans la vérité du Christ ».

Ces réactions n'ont pas étonné le cardinal Kasper

Je m’attendais à ces réactions, car je sais qu’il y a des personnes qui y sont opposées. Mais chacun a le droit d’exprimer son opinion. Le pape a voulu un débat. Maintenant, on l’a. On verra avec beaucoup de sérénité. Le synode, ce n’est pas une guerre entre les cardinaux, mais c’est un échange d’expériences, d’arguments, dans une atmosphère d’écoute et de prière. On verra bien. On n’aura pas de décision avant l’année prochaine, on n’en est qu’à la première phase. On a devant nous une année entière pour réfléchir au niveau local des conférences épiscopales.

Voilà, donc de longues et âpres discussions en vue. Le secrétaire du synode a déjà appelé à la sérénité, au calme et à la pondération.

La famille : un enjeu capital pour l'Eglise dans le monde contemporain

Le Vatican
Le Vatican © Reuters

Le pape a bien compris que de nombreux problèmes actuels découlent de ceux de la famille. Et l'Eglise en a connu des problèmes et des scandales ces dernières années : pédophilie, banque, Vatileaks. D’où ce synode, prépare avec une méthode innovante : des questionnaires ont été envoyés dans les diocèses du monde entier, et les paroissiens se sont exprimés.

Rosanna Virgili, bibliste, c'est à dire spécialiste de l'étude de la bible :

Il était temps que les laïcs soient traités comme des adultes. Pour moi, ce questionnaire a été un signe de respect envers les laïcs et on a reconnu aux laïcs la dignité de pouvoir penser. Et donc, pour moi, la méthode de ce synode c’est déjà une victoire. C’est peut-être la chose la plus importante. Ca fait des années qu’on attend quelque chose de l’Eglise sur la famille.

Les réponses à ces questionnaires sans tabous, servent de document de travail. On y parle de concubinage, de contraception, de couples homosexuels. Il y a les mariages qui fonctionnent, avec les enfants, et toutes les autres réalités, les familles recomposées, les divorcés, les familles déchirées. C’est face à cette réalité que l’assemblée doit discuter. Il y a évidemment beaucoup d’attentes et un vrai risque de désillusion.

La tendance conservatrice est majoritaire

Sur la question de l’accès à la communion des divorcés remariés, le pape est minoritaire. 85 cardinaux s’étaient prononcés contre la proposition du cardinal Kasper. 15 seulement pour.

L’analyse de Raffaele Luise, vaticaniste : __

C’est purement et simplement un problème de pouvoir. La hiérarchie de l’Eglise, les rigoristes, et donc les cardinaux, évêques, archevêques, qui s’opposent et qui sont malheureusement la grande majorité, ont peur de perdre le pouvoir. En administrant les sacrements comme ils le veulent, ils ont un instrument de pouvoir sur les gens. Or, admettre que les sacrements sont un droit pour ceux qui ne sont pas bien et qui en ont besoin, c’est ôter le pouvoir aux cléricaux. En outre, ils craignent qu’une fois cette brèche ouverte, ce soit toute la digue du pouvoir clérical qui s’écroule.

L’Eglise va prendre du temps pour la discussion, un autre synode est prévu en 2015. Aucune décision n’émergera donc avant deux ans.

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