Le procès du frère du tueur de Toulouse et Montauban et du deuxième complice présumé s'ouvre ce lundi. Retour sur l'enquête qui a permis de retracer son parcours.

Policiers devant l'immeuble où s'était retranché Mohamed Merah en mars 2012
Policiers devant l'immeuble où s'était retranché Mohamed Merah en mars 2012 © Reuters / Pascal Parrot

Cinq ans après les sept assassinats de militaires, d'un père de famille et d'enfants une école juive de Toulouse, le frère du tueur et un de ses copains d'enfance comparaissent à partir d'aujourd'hui devant la cour d'assises spéciale de Paris. Cinq ans après, les victimes disent toujours leur immense douleur. Cinq ans après, on comprend surtout comment l'affaire Mohamed Merah a été le tragique précurseur des attentats qui ont suivi.

Retour sur les faits

C'était en mars 2012. Le 11, un militaire est abattu à Toulouse, dans l'indifférence générale ou presque. On croit alors à un règlement de compte. Sa mère, Latifa Ibn Ziaten se souvient avec amertume: "Mon fils était le premier assassiné. On a été oublié 4 jours. On a été oubliés par la France. Et surtout, ils ont sali sa mémoire. Ils l'ont fait passer pour un délinquant, un trafiquant ..."

Le 15 mars deux soldats sont abattus en pleine rue. Un troisième grièvement blessé. L'inquiétude s'installe, d'autant qu'on apprend qu'il s'agit de la même arme que pour le premier meurtre. On parle alors d'un tueur au scooter. Mais c'est le 19 mars au matin que la France est saisie par l'horreur. Ce jour là, Samuel Sandler perd son fils et ses deux petits-fils. L'attaque d'une école juive, la mort d'un parent d'élève et de trois enfants nous plonge dans l'effroi. Et, dans ce qui sera une vague d'attentats commis au nom du djihadisme. Mais à ce moment-là, on l'ignore encore.

La famille Merah et la haine de l'autre

Puis, on a découvert que l'assassin était Mohamed Merah, jeune homme de 23 ans du quartier des Izards à Toulouse. Et ce nom, Merah, était déjà bien connu des services sociaux, judiciaires et même de renseignement. Car Mohamed Merah ne vient pas de nulle part. Il vient d'une famille où l'on apprend la haine de l'autre. C'est le frère aîné de la fratrie, Abdelghani Merah, qui le raconte : "Mohamed Merah était y livré à lui-même. Il a subi des violences de la part d'Abdelkader Merah. Il est devenu une bombe et les salafistes ont été le détonateur de cette bombe. Il a été élevé dans la haine de l'autre, la haine du juif, la haine de la France."

Mohamed Merah, précurseur des cinq ans qui on suivi

La violence, la radicalisation en prison, les commanditaires à l'étranger. Mohamed Merah agit comme un véritable précurseur ... et même plus selon Patrick Klugman, avocat de parties civiles au procès : "Merah, a quelque chose de matriciel. C’est la préhistoire du salafisme français - avant l’Irak, avant la Syrie - et eux, ils sont le point de bascule. Le point de bascule c’est ce qu’on va juger là : les attentats de Toulouse et Montauban où des gens ont des instructions pour tuer en France au nom du djihadisme, au nom du salafisme et de tuer des cibles identifiées : des militaires et des gamins juifs. Et c’est ce qu’on verra se reproduire, muter encore mais toujours se reproduire. Donc la vague d’attentats qui s’abat en France et ailleurs, elle commence, pour nous avec Merah. Et d’ailleurs, Mohamed Merah est devenu une marque. On l’encense et c’est un exemple et un modèle. Et c’est extrêmement important qu’une démocratie sache juger ces terroristes de manière démocratique. "

Ce procès doit durer cinq semaines. Il ne sera pas le procès de Mohamed Merah, mort dans l'assaut du raid. Il sera le procès d'Abdelkader Merah, son frère et Fettah Malki, son ami d'enfance, accusés de complicité et d'avoir fourni une arme. Il sera aussi, et surtout, le premier procès de cette nouvelle vague d'attentats.

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