Le diesel ne sera pas la star du Mondial de l'automobile qui ouvre jeudi à Paris car les constructeurs n'ont jamais vendu aussi peu de véhicules de cette motorisation depuis dix ans.

Un pistolet de diesel dans une station service de Toulouse (Haute-Garonne), le 8 août 2018.
Un pistolet de diesel dans une station service de Toulouse (Haute-Garonne), le 8 août 2018. © Radio France / REMY GABALDA

Sur le parking de cette concession de voitures d'occasion en Seine-et-Marne, Lena prend possession sa toute nouvelle Citroën. Pour le moteur, la jeune femme de 22 ans a choisi essence "parce qu'avec toutes les polémiques actuelles, je pense que c’est préférable de prendre une essence, dit-elle. Je crains qu’à long terme, les diesels n’aient plus le droit d’aller à Paris." Elle fait partie des Français qui boudent la motorisation. Le mois dernier, moins de 40% des voitures neuves étaient des diesel. C'est moitié moins par rapport à il y a dix ans.

Une "psychose" depuis janvier

La promesse faite par la maire de Paris, Anne Hidalgo, d'interdire les véhicules diesel dans la capitale pour 2024 est l'une des mesures qui expliquent, en Île-de-France du moins, le rejet des automobilistes pour ce carburant. "Il y a une psychose aujourd’hui, affirme Sergio Marhela, le chef des ventes de ce garage d'occasion. On peut vraiment parler de psychose sur le diesel. Depuis janvier, les personnes qui roulaient au diesel ont envie d’acheter de l’essence".

L'harmonisation des taxes sur les carburants est l'autre raison de ce désamour. 

"C’est vrai que c’est le même prix donc que je mette de l’essence ou du diesel, ça me coûte aussi cher, ajoute le vendeur qui tente de raisonner les consommateurs. Il faut regarder l’usage du client et savoir combien de kilomètres il va faire : savoir si c’est moins ou plus de 15 000 kilomètres par an."

La parti du diesel dans le marché des véhicules neufs, en septembre 2018.
La parti du diesel dans le marché des véhicules neufs, en septembre 2018. / Comité des constructeurs français d'automobiles

Cette baisse impressionnante a surpris le secteur. "La vitesse de cette baisse a été surprenante et a été au-delà de ce que l’on pouvait anticiper, avoue François Roudier représente le comité des constructeurs français d'automobile. 

"L’offre alternative aux moteurs thermiques, pour aller plus loin que le moteur diesel, est arrivée en France. Mais, vous avez un phénomène d’acceptation de nouvelles technologies qui est un peu plus lent donc on va choisir plutôt un moteur essence."

Même les entreprises ont adopté ce carburant puisqu'elles peuvent désormais récupérer la TVA sur l'essence mais cela ne suffit pas à les convaincre toutes d'y rester. La société Moba fabrique des capteurs à Ferrière-en-Brie, en Seine-et-Marne. Le patron Joseph Nussbaumer a une dizaine de véhicules à gérer.

Nous appartenons à un groupe allemand qui depuis un an n’achète que des véhicules essence et qui revient au diesel. Donc, nous continuons à acheter du diesel en France parce que ça reste plus économique. On parcourt entre 40 et 60.000 kilomètres par an par véhicules. Le diesel reste plus économique.

"Les sociétés sont encore incitées à acheter du diesel, explique Bernard Jullien, maître conférence à l'université de Bordeaux et spécialiste de l'industrie automobile, parce que les bonus-malus et la taxe sur les véhicules de société est calculée sur le CO2. Hors les émissions de CO2 sont encore systématiquement inférieures pour le diesel. Cela donne une prime au diesel qui arrange bien l’industrie française qui a besoin de faire tourner ses usines." 

Un parc 50/50

Sur les routes françaises, 36 millions de véhicules circulent. Le parc est composé aux deux tiers de diesel et d'un tiers d'essence.  Dans le futur, ce ratio va évoluer mais "ce ne sera pas une disparition du diesel", ajoute Bernard Jullien. 

"En revanche, personne n’est capable de dire aujourd’hui où s'arrêtera le déclin. Dans 10 ans, on devrait être entre 15% et 20% des immatriculations diesel et le parc sera à 50% diesel et 50% essence, je dirais, vers 2030."

Les constructeurs ont déjà abandonné la recherche sur le diesel pour se concentrer sur l'essence et les technologies propres. Ils présenteront leurs innovations pendant ce Mondial de l'automobile.

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