Symbole d'un secteur en voie d'extinction, la dernière usine de transformation de tabac en France ferme ses portes. À Sarlat, France Tabac emploie 33 salariés. La société n'est pas aidée par les politiques de santé publique, ce que les salariés comprennent même s'ils gardent un sentiment amer.

L'entrepôt et l'usine de France Tabac, dernière usine de transformation de tabac du pays, et qui ferme ses portes en Dordogne.
L'entrepôt et l'usine de France Tabac, dernière usine de transformation de tabac du pays, et qui ferme ses portes en Dordogne. © Radio France / Maxime Debs

"Ça y est, c'est terminé..." La gorge nouée, à 11 h 52 ce lundi matin, bien plus que ce dernier carton qui sort de l’entrepôt, Christian voit défiler les 32 dernières années de sa vie, lui qui aura tout connu de l'usine de Sarlat (Dordogne). Du carnet de commandes à son pic au cœur des années 80-90 jusqu'au clap de fin. 

France Tabac - trois plans sociaux en dix ans (2011, 2014, 2016) - n'a aujourd'hui plus les moyens de produire. Avec des effectifs réduits à 33 unités, contre 200 à une époque, la décision de mettre la clé sous la porte était devenue inéluctable. En début de semaine, les machines se sont tues, laissant les salariés amers.

La dernière des dernières

La fermeture actée, la France ne compte désormais plus la moindre usine de transformation du tabac sur son territoire. Un destin devenu inéluctable, pour Eric Tabanou, le directeur général de France Tabac : "Même si ça reste un sujet tabou, assène t-il, nos donneurs d'ordres nous ont fait payer des politiques de santé publique franco-françaises outrancières, en disant qu'ils n'avaient pas intérêt à se tourner vers la France puisqu'ils se faisaient taper dessus en permanence". Et d'ajouter : "Avec les distorsions de fiscalité, entre l'Espagne, la Belgique, le Luxembourg, c'était peine perdue".

"Le tabac, c'est nocif, mais on boit bien du vin sans obliger les viticulteurs à arracher les vignes"

Côté salariés, on ne néglige pas l'aspect santé. Pascal "sait que le tabac, c'est nocif, mais on boit bien du vin sans obliger les viticulteurs à arracher les vignes". Chantal qui a fait toute sa carrière ici est du même avis, elle qui est non-fumeuse. Elle déplore que derrière la fermeture, "ce ne sont pas seulement 33 emplois qui vont disparaître, mais toute une filière qu'on continue encore un peu plus à déstabiliser".

Chaîne de transformation de tabac dans l'usine France Tabac à Sarlat (Dordogne).
Chaîne de transformation de tabac dans l'usine France Tabac à Sarlat (Dordogne). © Radio France / Maxime Debs

Les agriculteurs, victimes collatérales 

Parmi les victimes collatérales, Jean-Michel Ponchet agriculteur, produit du tabac à 8 kilomètres de Sarlat. Sa récolte de cette année qu'il destinait à France Tabac va partir en Italie pour 2 fois moins cher. "Quand on sait déjà qu'en 2006, les aides européennes représentaient 60 % du prix du tabac et aujourd'hui plus rien du tout" dit-il, ça complique encore un peu plus la donne", explique-t-il.

Hier, la production de tabac représentait pour cet agriculteur, 60 % de ses revenus contre 30 % aujourd'hui et sans doute encore moins demain. Il regrette mais comprend : "C'est sûr qu'on produit quelque chose qui fait du tort à la santé mais si on ne produit pas notre tabac, il viendra d'ailleurs et dans certains pays à l'étranger, les producteurs utilisent des produits parfois interdits depuis 20 ans chez nous. Leur tabac n'est pas tracé comme le nôtre !".

Dans le Sarladais, le tabac a fait vivre des générations 

Un argument qualitatif qui ne convainc pas vraiment les consommateurs, comme Lucas que l'on croise devant le bar-PMU faisant face à l'usine. La fermeture, il la déplore, mais ne s'en émeut pas pour autant : "C'est sûr que c'est débile de plus avoir de moyens de transformation en France, mais après qu'est ce qu'on y peut ? Moi, que mon tabac vienne d'Australie, de Nouvelle-Zélande ou de France, je m'en fiche un peu. Il y aura toujours les mêmes m... dans le tabac. Le mieux, c'est encore d'arrêter de fumer".

Reste la question de l'emploi, notamment dans une région, comme le Sarladais, où le tabac a longtemps fait vivre des générations entières. Sur place, ce sont malgré tout des solutions de reconversion qu'il va falloir trouver pour la filière. Des marchés de niches devront être inventés. Pour le maire de Sarlat, Jean-Jacques de Perretti, des perspectives existent, mais il faut bien les organiser : "Pourquoi ne pas mettre les compétences existantes au service du cannabis médical sur lequel l'assemblée nationale est en train de travailler ? Demain un autre jour et l'éclairage diffère".

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