Un téléfilm diffusé sur France 2, ce soir, revient plus de 30 ans en arrière, en 1972, lors du PROCES DE BOBIGNY. Les jeunes générations l’ont oublié, ce procès a été probablement l’événement qui montrait combien la vieille loi de 1920 qui réprimait l’avortement était obsolète. Il a, sinon permis en tout cas accéléré, la loi sur l’avortement en France qui viendra en 1974 avec Simone Veil. Le procès de Bobigny, c’est celui d’une femme, Michèle Chevalier, jugée pour avoir aidé sa fille de 16 ans, Marie-Claire, à avorter après un viol. C’est aussi une plaidoirie restée célèbre de Gisèle Halimi. Et pour nous rappeler tout simplement, ce que c’était, à l’époque, extrait du téléfilm - ça se passe après que Marie-Claire ait été avortée par une faiseuse d’ange. Sa mère, qui est poinçonneuse dans le métro, a fait appel à une faiseuse d’ange - ça se passe à la maison. Avec une aiguille à tricoter (extrait). C’est sordide. Mais c’est juste une photo de l’époque. Ce genre de scène, lorsque les femmes survivaient aux hémoragies, se terminait en général par un curetage à vif pratiqué par un médecin décidé à faire payer aux femmes leur avortement. Pourtant, 1968 est passé par là. La libération sexuelle, et la pilule aussi qui est normalement accessible aux femmes depuis 1967, mais que très peu de médecins prescrivent. L’avortement est toujours terriblement tabou dans cette société. Il faudra un électrochoc pour réveiller un peu les consciences. C’est le fameux manifeste des 343 : « Les 343 salopes », comme l’avait titré "Charlie Hebdo", un texte écrit par Simone de Beauvoir et publié dans "L’Observateur" - 343 femmes qui avouaient : "j’ai avorté". Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Françoise Fabian, Gisèle Halimi, Bulle Ogier, toutes sortes de célébrités, qu’on allait pas faire enfermer dans la foulée. Marina Vlady était l’une d’elles (interview). Ce manifeste a été Un acte surtout de désobéissance civique éclatant, car ces femmes risquaient gros. La peine pour un avortement, pouvait aller jusqu’à 8 ans de prison. Quelle a été la réponse des autorités ? Le silence. Personne n’a bougé le petit doigt ! On sent bien qu’on est dans une société qui commence à vasciller mais doucement, l’acte 2 celui qui enfonce le clou, c’est ce procès de Bobigny. Marie-Claire, jugée pour avoir avortée, est relaxée. En Novembre 72, sa mère est jugée pour avoir aidé sa fille. Le procès est ultra médiatisé. Des femmes défilent à la barre pour raconter leur avortement, le professeur Monod, le professeur Milliez témoignent qu’ils auraient aidé Marie-Claire à avorter. La loi de 1920 est mise en pièce devant la France entière. La voix que vous allez entendre plaider c’est le personnage de Gisèle Halimi interprété par Anouck Grimberg et puis l’avocate elle-même (son). 500 francs d’amende avec sursis, ce sera le jugement de ce procès. Donc, de fait, il n’y a plus de loi de 1920. Il en faut une autre, qui viendra 2 ans plus tard. Aujourd'hui Marie-Claire Chevalier a la cinquantaine et une fille de 17 ans. A peine plus de l’âge qu’elle avait elle-même lorsqu’elle a failli mourir de son avortement à l’aguille à tricoter. Un dossier de Fabienne Sintès.

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