Retour ce matin sur les carnets secrets d’Yves Bertrand, l’ancien patron des Renseignements Généraux. Y avait-t-il un véritable « cabinet noir » au service de Jacques Chirac ? Pour Patrick Rougelet, ça ne fait aucun doute. Cet ancien commissaire principal aux Renseignements Généraux a rédigé en 95 un rapport dénonçant les dérives, à ses yeux, des méthodes d’Yves Bertrand. Ce rapport adressé au Premier ministre, Alain Juppé, sera finalement intercepté par un proche d’Yves Bertrand. Dès lors, c’est un véritable rouleau compresseur qui s’abat sur Patrick Rougelet et d'autres policiers : enquête administrative, perquisition, et finalement, révocation, en février 96. Une déstabilisation par presse interposée, explique Patrick Rougelet (interview). Patrick Rougelet fera finalement condamner les journalistes pour diffamation, mais sa carrière est brisée, comme celle de Gérard Vavrand, lui aussi révoqué. Cet ancien capitaine à la sous-direction « courses et jeu » des RG ne s’est encore jamais exprimé publiquement. En 95, Gérard Vavrand rédige un rapport selon lequel Yves Bertrand enquêtait sur les finances de Nicolas Sarkozy, alors ministre du budget et cela, en pleine guerre entre balladuriens et chiraquiens (interview). Yves Bertrand est aussi soupçonné d’avoir manipulé les médias, avec la mise en circulation d’une note des RG accréditant la thèse de l’assassinat de Pierre Bérégovoy, ou encore le soutien à des projets d’édition sur le passé trotskyste de Lionel Jospin, ou le rôle de son père pendant la guerre. Autre exemple : l’affaire Yann Piat. Des articles dans « Le Canard enchaîné » et un livre en 97 soutiennent la piste d’un assassinat politique. Manipulation et lourde condamnation pour les deux auteurs, André Rougeot, proche d’Yves Bertrand, et Jean-Michel Verne, qui raconte le double jeu du patron des RG (interview). Autre témoignage, celui de l’éditeur Guy Birenbaum, contacté par des proches d’Yves Bertrand pour publier un livre selon lequel Yvan Colonna n’aurait pas été arrêté mais se serait rendu aux policiers, contrairement à la version officielle du ministre de l’Intérieur, un certain Nicolas Sarkozy. Le 10 mai 2004, un déjeuner est organisé à l’hôtel Régina avec Yves Bertrand, qui explique ceci, à Guy Birenbaum (interview). Dans son livre « Le cabinet noir », qui sort demain aux éditions « Les Arènes », Guy Birenbaum revient sur les coulisses du système Bertrand. Yves Bertrand dément toutes les accusations portées contre lui. Patrick Rougelet voulait le déstabiliser ; il n’a jamais enquêté sur les finances de Sarkozy ; jamais manipulé dans l’affaire Yann Piat, ni dans aucune autre affaire. Il reconnaît avoir rencontré une fois Guy Birenbaum, mais jamais cautionné le moindre livre sur Yvan Colonna. Ces fameux carnets, il les considère comme de simples brouillons, sans aucune arrière-pensée (interview). Un reportage de Benoît Collombat.

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Le dossier complet sur le cabinet noir d’Yves Bertrand

Retrouvez des photos, des témoignages etc.

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