C’est au Cap en Afrique du Sud, que se déroulera demain soir le tirage au sort de la Coupe du monde de football. La compétition se tiendra dans un peu plus de 6 mois, du 11 juin au 11 juillet. Et pour la première fois, les 32 meilleures équipes en découdront sur le sol africain, alors que l’épreuve organisée tous les quatre ans existe depuis 1930. « Ready to welcome you », « Prêts à vous accueillir » peut-on lire sur les affiches à l’entrée des neuf villes qui accueilleront l’événement. Et aujourd’hui, les doutes sont, pour l’essentiel, dissipés quant aux capacités du pays le plus riche d’Afrique subsaharienne. On pouvait notamment se demander si les 10 stades (dont 5 entièrement neufs) seraient prêts, surtout après la grève de l’été dernier, sur les chantiers avec des ouvriers réclamant et obtenant des hausses de salaire. Aujourd’hui, les enceintes sont à 95% terminées. Au total, l’Afrique du Sud a investi près de 5 milliards d’euros dans l’organisation de la Coupe du monde. 40% de plus que le budget. Quelle est l’ambiance au Cap, l’une des villes hôtes de la compétition ? Long street est l’une des principales artères du Cap. Les pubs, les bars à concert, les clubs… bref, c’est ici qu’on y fait la fête. La fête à la Coupe du monde, impossible d’y échapper : les oriflammes, les affiches géantes sur les tours et dans ces rues nord-américaines, et l’écran géant tout au bout de l’avenue, installé pour le tirage au sort de demain, prologue avant la compétition : « C’est un gros poids mais au moins, l’Afrique peut montrer qu’elle peut aussi accueillir un événement comme ça… Je suis très fière… je veux dire qu’on va avoir cette grande chose ici en juin. Oui c’est possible parce que ça va arriver. » Et le compte à rebours est lancé, notamment chez ces ados métis qui se projettent déjà dans 189 jours. Ils vivent près du Green Point Stadium, le futur stade sur le front de mer face à la montagne Table. 68 000 places, un toit en verre et un coût de 400 millions d’euros. Il sera fini dans quelques semaines. En attendant, on se livre au jeu des pronostics sur le vainqueur final : « Le Brésil ? La France ? Ils jouent au handball, ils utilisent leurs mains. » Et l’Afrique du sud ? « On a besoin de supporter l’équipe nationale mais ils sont loin du niveau international. Ils ont changé de coach, de tactique, je ne sais pas ce qui se passe. » Une équipe nationale en chantier, tout comme la ville du Cap parfois étouffée par les bouchons, avec ces grands travaux sur la gares, les routes, l’aéroport. « Je peux voir qu’il y a beaucoup d’équipements ici. C’est un grand effort. C’est super, particulièrement pour l’industrie des loisirs. » Peter exprime un intérêt poli, car cet afrikaner, aux origines néerlandaises l’avoue : « J’suis pas un vrai fan. » L’engouement n’est pas à la hauteur de la compétition. Gildasse a quitté le Congo Brazzaville pour ses études de tourisme et cela fait 3 ans et ½ qu’il vit au Cap : « Le Cap est une ville a forte dominance de blancs, moins intéressés par le foot… Le foot c’est laissé aux Noirs. » Des Noirs qui, dans les townships, les banlieues pauvres, se sentent exclus de la fête. Dans le quartier de Gugulethu, par exemple, à l’ouest du Cap, le projet N2 Gateway laisse perplexe Cendisi Twalo, porte-parole de l’association des habitants : « Les bidonvilles qui sont le long de cette autoroute vont être déplacés. Quand les touristes viendront, ils ne pourront pas voir combien les plus pauvres des pauvres souffrent. » Car ces nouveaux logements sur la route de l’aéroport, Vivienne et Cynthia n’ont pas les moyens d’y accéder. 10 ans qu’elles vivent dans ces shacks faits de tôle et de carton : « Je suis très triste car c’est bientôt Noël, je cherche de l’argent pour mes enfants. Je ne sais pas où aller. Je ne sais pas si je dois vendre mon corps ou quoi. La Coupe du monde, c’est une bonne chose pour eux, ceux qui sont en haut pas pour nous. » Dans le pays, il reste encore quelques points d’interrogation , notamment en matière de sécurité, le problème le plus visible. L’Afrique du Sud, qui a l’un des taux de criminalité les plus forts au monde – une cinquantaine de meurtres par jours. La police va donc déployer 41 000 personnes pour sécuriser les abords des stades et des hôtels. Autre motif d’inquiétude : les transports. Par exemple, le Gautrain ne sera pas terminé pour le Mondial, un train express entre l’aéroport et le centre ville de Johannesburg qui accueillera la finale. Enfin, en matière d’hébergement, les chambres risquent d’être insuffisantes. On en compte 200 000 alors qu’on attend près de 450 000 supporters. C’est pourquoi, les voisins seront mis à contribution, comme l’Ile Maurice qui est, tout de même, à 4h de vol de l’Afrique du Sud. ___Un reportage de Nour-Eddine Zidane et Eric Damaggio, en direct du Cap, en Afrique du Sud.

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