Ils sont à moins de cinq ans de la retraite. Pourtant, ils ne devraient pas passer entre les gouttes d'une réforme des retraites comptable. Le gouvernement s'appuie sur une nouvelle donne budgétaire pour réfléchir à des mesures d'économies et demander aux Français de travailler plus longtemps.

Nombreux sont les salariés qui craignent, avec cette réforme, de devoir décaler leur départ à la retraite.
Nombreux sont les salariés qui craignent, avec cette réforme, de devoir décaler leur départ à la retraite. © Getty / Image d'illustration

Emmanuel Macron l'avait promis, pendant sa campagne : "La réforme des retraites ne changera rien aux conditions de départ  de ceux qui sont à moins de cinq ans de la retraite et qui l'ont donc déjà planifiée". Deux ans et demi plus tard, nombreux sont ceux qui craignent pourtant de devoir décaler leur pot de départ. Car si le système universel par points n'entrera en vigueur qu'à partir de 2025, le gouvernement entend bien combler le déficit anticipé par le Conseil d'orientation des retraites, entre 7,9 et 17,2 milliards d’euros. Et donc faire des économies. Le Premier ministre a écarté l'idée de baisser les pensions, et celle d'augmenter les cotisations. Reste le levier de la durée de travail. 

Françoise : "J'ai travaillé, longtemps, j'ai fait mon taf" 

Françoise est assistante sociale. En 2024, à 62 ans, elle aura tous ses trimestres. "Je n'aurai pas une retraite faramineuse. A temps partiel, je gagne 1 800 euros nets. Mais moi je veux partir à 62 ans. Je ne pensais pas me sentir concernée par cette réforme, mais je vais l'être. Et pourtant, je ne me vois pas travailler plus longtemps. J'estime que j'ai travaillé, longtemps, j'ai cotisé, j'ai fait mon taf. Donc je serai dans la rue jeudi, et j'en parle autour de moi." 

Agathe, sa fille, ne la voit pas non plus reculer son départ : "Je sens que mes parents sont fatigués, leurs conditions de travail sont difficiles. Le rythme est de plus en plus en compliqué. Il est temps qu'ils puissent se reposer un peu." Son père, Éric est cadre dans l'industrie. Il confirme. "Moi j'ai choisi de travailler à 4/5è avec les conséquences que cela peut avoir sur ma retraite future parce que simplement, j'ai besoin de temps de récupération plus longs. Ajoutez à cela que les entreprises ne veulent pas voir une proportion plus importante de leurs salariés dans la soixantaine. La question qui se pose pour les salariés comme moi, qui sont sur un secteur assez exigeant, c'est de tenir."  

Pour la génération 63, travailler jusqu'à deux ans et demi de plus 

Le collectif "Nos retraites" a fait des simulations à partir des propositions du Conseil d'orientation des retraites. Exemple, pour Jacques, né en 1959, qui travaille depuis qu'il a 20 ans, dans le privé : une mesure d'âge reculerait son départ jusqu'à 5 mois et demi. Ce serait entre un an et près de deux ans et demi plus tard pour la génération 63. Catherine Perret de la CGT est persuadée que cette "réforme avant la réforme" va gonfler les cortèges : 

"Le gouvernement aggrave encore le projet de réforme et c'est un erreur magistrale d'appréciation du climat social dans le pays"

Quelle est la piste privilégiée par le gouvernement ? Jouer sur l'âge d'annulation de la décote, l'âge minimal de taux plein ? Ne craint-il pas de brouiller le message à quelques jours du 5 décembre ? Le député du Nord, Laurent Pietraszewski, coordonne la majorité sur le projet des retraites. Il assume : "Si tous, on rentre un peu plus tard dans la vie active et que l'espérance de vie progresse, il n'y a rien d'illogique à se poser la question de la durée au travail. On ne sait pas ce qu'on va demander aux uns et aux autres aujourd'hui. En tout cas, il ne faut pas envisager autre chose que de la progressivité en la matière, il faut aussi prendre en compte la construction des carrières des uns et des autres et la façon dont ils ont projeté leur fin de carrière."

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