Alors que les comptes de beaucoup d'associations sont dans le rouge, doivent-elles développer des activités commerciales pour se financer ? Le gouvernement vient de lancer une mission sur le sujet, quand de nombreuses structures dénoncent au contraire le désengagement financier de l'état.

Une boutique solidaire de la Croix-rouge à Bordeaux
Une boutique solidaire de la Croix-rouge à Bordeaux © AFP / Constant Forme-Becherat / Hans Lucas

Les conclusions de cette mission sont attendues dans les prochaines semaines alors que l'exécutif ne se cache pas de vouloir rapprocher le secteur lucratif du secteur associatif. Certaines associations ont déjà amorcé le virage pour dégager leurs propres recettes, qui leur permettent ensuite de financer des activités d'intérêt général. C'est le cas d'une boutique textile de la Croix Rouge française, à Houilles, en région parisienne, où on explique, entre les portants de vêtements : "Si vous achetez ce manteau, on va pouvoir payer des vacances à des enfants défavorisés" affirme Jacques Grimont, administrateur national de la Croix-Rouge Française.

Les subventions, qui étaient surtout locales, diminuent, et on se retrouve avec cette nécessité de générer nous-mêmes des ressources financières.

Pour financer ses maraudes et ses actions d'aides alimentaires, la Croix Rouge française vend depuis des années des vêtements de seconde main. Et d'ici quelques semaines, l'activité textile de la Croix rouge va même se transformer, se professionnaliser. Nouvelle marque, nouvelles boutiques de standing pour attirer plus de monde et dégager plus de bénéfices, nouveau concept aussi. Jacques Grimont explique : 

Dans les boutiques de demain, on prendra les mêmes codes que les géants de l'habillement, à la sauce Croix-Rouge. En reprenant ces codes-là, on arrivera à avoir plus d'impact. 

Un pied de plus dans l'économie de marché pour plus d'impact social en somme... et une bonne chose pour Cathy Racon Bouzon députée LREM des Bouches-du-Rhône, missionnée par le gouvernement pour réfléchir aux moyens de resserrer les liens entre associations et activités commerciales : "Le regard porté sur ça, c'est de dire que à partir du moment où les associations entrent dans une démarche lucrative, elles ne sont plus à vocation d'intérêt social, ce qui est faux, il faut arriver à lever ce frein".

Mais le message passe mal auprès de structures associatives plus petites... souvent fragilisées par la baisse des subventions, les appels à projets de plus en plus chronophages et la fin des emplois aidés. À Saint-Denis, l'association d'alphabétisation "Les femmes des Francmoisins" a failli mettre la clé sous la porte il y a un an et demi. 

Sa présidente Hajera Lakehal est plutôt sceptique : "Dans notre parcours, ce type de questions on se l'est posé, notamment avec un restaurant associatif, qui était lui-même un projet associatif, qui permettait à ces femmes de pouvoir travailler et créer une entreprise. On n'arrivait pas à réinvestir suffisamment de bénéfices pour réinvestir cela dans le travail de l'association, c'est un leurre, c'est un leurre. Et on est toujours en train de nous dire : 'Si vous n'avez pas d'argent, c'est votre faute'".

Autant d'injonctions directes ou indirectes qui inquiètent aussi Philippe Jashan le président du Mouvement Associatif, alliance de 700 fédérations associatives. La part des financements publics dans l'activité du secteur est tombée à 20%, et tout cela n'est pas anodin selon lui : 

C'est une question de société : à quoi sert le financement public, à quoi doivent servir les impôts ? Je crains qu'on ne donne pas suffisamment d'attention aux conséquences que cela peut produire sur la société.

Parmi les pistes de mesures sur la table du gouvernement : de nouvelles règles d'imposition des activités lucratives dans les associations, et la création de nouveaux pactes locaux de mécénat. Alors que le secteur réclame aujourd'hui, avant toute autre chose, une reconnaissance de ses spécificités et de son rôle dans le tissage du lien social. 

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