Poussée par la France, l'Union Européenne s'est engagée en octobre dernier à envoyer une force militaire pour sécuriser les camps de réfugiés dans la région. Les premiers soldats devaient être déployés à l'est du Tchad, pays voisin du Soudan (où se trouve le Darfour) en novembre. Deux mois plus tard, toujours rien. Direction un camp de réfugiés de Djabal près de la ville de Goz-Béïda à 80 kms du Soudan. 15.500 Soudanais vivent ici, dont ces enfants qui chantent des contines traditionnelles d'un pays qu'ils n'ont pas connu. Leurs parents ont fuit la guerre civile qui oppose les rebelles aux milices arabes Janjawids. Abdraman Akaban Abdraman est là depuis 4 ans (interview). Il n'y a pas que les réfugiés qui sont impatients de voir arriver les soldats européens. Les humanitaires aussi. Antonio Zivierri est responsable local de l'ONG italienne Coppi (interview). Des humanitaires qui demandent l'aide des soldats, ce n'est pas courant et c'est bien la preuve qu'il y a un réel besoin. Il y a même urgence. Si la situation est pour l'instant assez calme, cela pourrait rapidement dégénérer. C'est l'analyse du capitaine Franz Najean de l'armée française, qui est en liaison permanente avec les ONG (interview). Où en est le déploiement de cette force européenne ? Un peu au milieu de nulle part. Une énième conférence réunira la semaine prochaine d'éventuels nouveaux volontaires. L'opération a pris deux mois de retard. A sa tête, un général irlandais qui réclame 4300 soldats, ce qui est déjà peu pour une zone plus grande que la France. Et aujourd'hui l'Eufor n'en aligne pas plus de 2800 dont la moitié sont français. Les Polonais, les Irlandais, les Baltes viennent à reculons sur un terrain qu'ils ne connaissent pas. Surtout, il manque encore 4 avions de transport et une dizaine d'hélicoptères. Tout ça irrite profondément le ministre de la défense, Hervé Morin (interview). Plus qu'un fiasco militaire, c'est surtout un fiasco politique, car beaucoup de pays européens ne veulent pas se lancer dans cette opération. Ils craignent que l'aspect humanitaire ne soit qu'un alibi pour permettre à Paris de maintenir et de tenir les hommes au pouvoir dans ses anciennes colonies. C'est donc un cercle vicieux. Sans la France, personne en Europe n'a l'idée d'y aller. Avec la France, personne n'a envie d'y aller. Et la France ne veut pas y aller seule. Sans compter qu'avec aussi peu de soldats sur le terrain, cela risque de tourner rapidement au bourbier. Les rebelles ont démontré à plusieurs reprises qu'ils n'hésitent pas à attaquer les militaires venus s'interposer dans le conflit. Un reportage de Stéphane Fort.

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