Depuis lundi, toutes les entreprises de plus de 50 salariés doivent signer une charte favorisant le droit à ne pas répondre aux mails et messages hors des heures de travail.

Déconnecter en-dehors des heures de travail doit être plus facile
Déconnecter en-dehors des heures de travail doit être plus facile © Radio France / Olivier Bénis

C'est un chapitre un peu moins connu de la Loi Travail, et des accords ont déjà été signés bien avant dans quelques entreprises, comme La Poste. Depuis six mois, Didier Chabanne, cadre financier au siège de l'entreprise a une petite phrase qui s'affiche en dessous de sa signature d'email : "Si vous recevez ce mail en-dehors de vos heures de travail ou pendant vos congés, vous n'avez pas à y répondre immédiatement, sauf en cas d'urgence exceptionnelle".

C'est une des mesures incitatives mises en place depuis la signature de l'accord il y a un an et demi. Avec l'obligation de continuité de service, et des salariés qui travaillent en horaires décalés et le week-end. La Poste a estimé qu'il était impossible d'empêcher l'accès aux mails comme l'ont par exemple fait Michelin ou Volkswagen. L'accord y repose donc sur la sensibilisation des salariés et surtout de leur manager. Sylvie François la directrice des Ressources Humaines de la Poste.

C'est tout simple mais c'est essentiel : on n'envoie pas de mail à un autre postier en-dehors de ses horaires, sauf urgence. Un grave problème dans un bureau de poste, c'est une urgence. Un reporting à faire, une demande de complément sur une note, ce n'est pas une urgence.

Pour Didier Chabanne, ce droit à la déconnexion ne fonctionnerait pas aussi bien s'il n'y avait pas un cadre précis. "Cet accord fixe un cadre, un ensemble de règles de conduites derrière lequel on peut s'abriter. Cette formalisation nous aide tous à voir que c'est quelque chose qui existe."

Les salariés incités sont-ils bons élèves ?

Difficile à dire, pour le savoir il faudrait interviewer les 260 000 salariés de La Poste. Il n'y a pas de chiffres globaux dans l'entreprise qui permettraient de savoir si le nombre de mails échangés tardivement ou le week-end a diminué. La prise de conscience semble quand même là... Benjamin pratique le droit à la déconnexion mais dans sa boîte mail, il constate souvent que ce n'est pas encore le cas de tout le monde.

Dès que j'arrive le matin, j'ai déjà pas mal de mails dans ma boîte, envoyés tard le soir. Et le lundi matin, je vois souvent des mails envoyés le dimanche, le samedi... C'est plutôt des managers. Dans certains postes, le droit à la déconnexion, on est pour, mais on n'arrive pas à se l'appliquer à soi-même.

Pour encore plus inciter les salariés à déconnecter; à partir du mois de février, une petite fenêtre apparaîtra pour demander s'il y a urgence à écrire ce mail en dehors des heures de travail. Des mesures pas assez contraignantes pour Nicolas Galépides, secrétaire fédéral de Sud-PTT, qui n'a pas signé cet accord.

L'idéal, ç'aurait été d'avoir une vraie politique avec des bornes claires. Et pas quelque chose qui est laissé à l'initiative du salarié ou du fonctionnaire. Quand on connait la pression qu'il y a notamment sur les cadres supérieurs, il y a une auto-pression que l'on ne peut pas maîtriser.

Le syndicat demande à ce que soit quantifié le nombre de mails envoyés en dehors des horaires de travail pour qu'il y ait un vrai suivi. C'est aussi ce que plaide l'avocat d'entreprise Patrick Thiébart, qui voudrait que l'on arrête d'encenser le manager toujours connecté et que l'on ajoute le droit à la déconnexion dans son évaluation annuelle.

Passé inaperçu au moment de son adoption, ce droit à la déconnexion pourrait bien obliger les entreprises à revoir leur fonctionnement en profondeur.

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