16 ans après le génocide au Rwanda, qui a fait un million de morts en 100 jours, la justice française se lance dans la traque de génocidaires qui se sont exilés en France. Par rapport à d’autres pays, les choses ont pris beaucoup de retard. Il y a actuellement en France une vingtaine de plaintes sur le bureau des juges. Elles concernent des médecins, un prêtre, des hommes bien installés en France. Le docteur Sosthène Munyé Mana fait partie de ceux là. La première plainte contre lui remonte à 1995. Il est arrivé en France dans les semaines qui ont suivi la fin du génocide, en septembre 94, parce qu’il était menacé, raconte ce médecin qui pratique aujourd’hui à Villeneuve-sur-Lot. Menacé car il a pris des risques, dit-il, des risques pour sauver des gens. Ce matin, il y a aura une audience à Bordeaux, en vue de son éventuelle extradition. C’est Kigali qui la réclame, mais lui clame haut et fort son innocence (interview). Donc voilà la défense du docteur. Les documents qui l’accusent sont des faux, dit-il. Dans un document d’une ONG africaine, il est appelé le boucher de Tumba, du nom de la colline où il habitait. Et point par point, il revient sur ces accusations. Son explication, en fait : Il est visé parce qu’il a critiqué le pouvoir en place à Kigali. Lui, il répète qu’il veut un procès en France pour que sa vérité soit entendue. Cela dit, le docteur Munyé-Mana est conscient que les choses pourraient s’accélerer, en tout cas, pourraient évoluer, suite au rapprochement diplomatique entre la France et le Rwanda, et ne veut pas être une monnaie d’échange entre les deux pays (interview). Est-ce que des plaintes ont déjà abouti en France ? Jamais, pour le moment, aucun procès sur le sol français. D’ailleurs, toutes les procédures existantes ont été lancées à l’intiative des victimes et jamais du parquet. Ces plaintes sont essentiellement portées par un homme, Alain Gauthier. Sa femme est rwandaise, ils passent tout leur temps libre à enquêter, recueillir des témoignages, pour l’association qu’ils ont créée : le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (interview). Et comment ça se passe dans d’autres pays ? Tous les spécialistes du dossier prennent en exemple la Belgique. Très vite, les Belges créent un pôle dédié à ces sujets, un magistrat unique qui du coup maîtrise les dossiers, des policiers, des enquêteurs également spécialisés. Il y a déjà eu 4 procès en Belgique. En France, c’est l’espoir pour les victimes : la création prochaine d’un pôle similaire. Mais le projet de loi n’a toujours pas été déposé. Jean-François Dupaquier est expert auprès du Tribunal Pénal International sur le Rwanda, tribunal basé à Arusha en Tanzanie. Et dans cette institution, la France, raconte-t-il, a une image déplorable (interview). ____Un reportage de Vanessa Descouraux.

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