Depuis la mort de George Floyd, tué par un policier blanc à Minneapolis, l’Amérique s’embrase. Avec chaque jour des manifestations dans plus de 150 villes aux Etats Unis. À Washington, au restaurant Ben’s Chili Bowl, haut lieu de la communauté noire, ces événements sont au cœur de toutes les conversations.

Virginia et Ben Ali, les propriétaires du Ben's Chili Bowl
Virginia et Ben Ali, les propriétaires du Ben's Chili Bowl © Radio France / Gregory Philipps

Depuis deux mois et demi à cause du covid-19, Ben's Chili Bowl ne fait plus que de la vente à emporter, alors c’est sur le trottoir de U Street, l’un des quartiers noirs de Washington, que les habitués dégustent leurs hot-dogs sauce chili. Et évidemment, la mort de George Floyd est au cœur de toutes les conversations : "Ces hommes et ces femmes, les policiers", dit Marcus, "sont censés nous protéger mais comment leur faire confiance ?". 

Son amie Angela raconte que, chaque jour, elle ordonne à son fils de bien faire bien attention : "Si un policier t’arrête, ne bouge pas, ne cherche pas ton téléphone ou quoi que ce soit, met immédiatement les mains en l’air". Un troisième plus âgé, James, raconte qu’il est né en Caroline du sud, qu’à l’époque qu’il avait le Ku Klux Klan, mais qu’il n’a aucun problème avec les Blancs, ce sont "juste quelques individus". Crystal, elle, dit son émotion quand elle a vu les images de la mort de Floyd :

C'est affreux, terrible, qu’on ne puisse pas marcher dans la rue sans prendre le risque qu’un policier nous arrête, simplement à cause de notre apparence.

Le représentations d'Obama sont nombreuses au Ben's Chili Bowl
Le représentations d'Obama sont nombreuses au Ben's Chili Bowl © Radio France / Gregory Philipps

À l’intérieur du restaurant, l’odeur des saucisses, la musique du jukebox, et, au mur, les photos des personnalités venues manger un hot-dog ici, de Martin Luther King à Barack Obama. Virginia Ali, 86 ans règne sur cet établissement depuis 1958. L'octogénaire afro-américaine a l’impression de revivre aujourd’hui le combat pour les droits civiques et l’égalité. 

Je peux seulement prier pour que des changements adviennent de mon vivant.

Virginia Ali, la patronne de Ben's Chili Bowl se souvient quand Martin Luther King Jr venait déjeuner dans son restaurant.
Virginia Ali, la patronne de Ben's Chili Bowl se souvient quand Martin Luther King Jr venait déjeuner dans son restaurant. © Radio France / Grégory Philipps

En avril 1968, quand Martin Luther King est assassiné à Memphis, Washington s’embrase : quatre jours d’émeutes, 13 morts, 6 000 arrestations. Mais Ben's Chili Bowl est l’un des seuls établissements du quartier à ne pas être vandalisé, se souvient Sage, le fils de Virginia : "À cette époque, Ben's Chili Bowl a été autorisé à rester ouvert pour le couvre feu pour servir tout le monde, pompiers, police, secouristes...Tout brûlait autour de nous, alors nos voisins, amis sont allés discuter avec les émeutiers et leur ont dit : 'Vous ne touchez pas à Ben's Chili Bowl'".

52 ans plus tard, la capitale fédérale américaine se retrouve à nouveau sous couvre-feu. Les commerces et restaurants ont posé des panneaux de bois sur leurs vitrines, dans la crainte de nouvelles nuits de violence. Mais Ben's Chili Bowl continue à vendre ses hotdogs. C'est beaucoup plus qu’un petit restaurant de quartier. Grâce notamment à sa patronne Virginia, c’est un lieu de rassemblement et de mémoire des afro-américains, qui savent que le combat pour l’égalité n’est pas encore terminé.

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