Pour toucher les plus de 75 ans qui ne l'ont pas encore été, les caisses d'Assurance maladie ont mis sur pieds l'opération "Aller vers...". Reportage en Picardie avec des soignants, à bord de leur "CovidMobile", qui tentent de convaincre ceux qui n'ont pas encore été vaccinés.

La mini glacière pour conserver les vaccins de la CovidMobile
La mini glacière pour conserver les vaccins de la CovidMobile © Radio France / Cécilia Arbonna

La démarche d’"aller vers ..." menée par l’Assurance Maladie depuis le 31 mars, est une démarche proactive qui a consisté à envoyer des sms ou des courriers pour solliciter les personnes âgées non vaccinées. 

Ce dispositif est en effet destiné à pallier l'absence de vaccination chez des personnes pourtant prioritaires, les plus de 75 ans. Au 23 mai, 1,35 million de personnes de 75 ans et plus restaient à vacciner sur une population totale de 6,4 millions.

Depuis début avril,  plus d'1 million de coups de téléphone ont été passés,  4 millions de sms et de lettres ont été envoyées pour proposer une injection à domicile. 120 000 personnes âgées en France se sont ainsi laissées convaincre de se faire piquer.

Un équipage "volant" dans l'Aisne

Un binôme de soignants de la maison de santé de Sinceny, près de Chauny est contacté pour organiser une tournée.

 Par demi journée, un binôme de volontaires composé d'un médecin généraliste et d'un infirmier prépare donc un kit de vaccination. Sept doses prêtes à l'emploi sont conditionnées et sept piqûres sont délicatement disposées dans une petite boite rectangulaire, un mini réfrigérateur à 5°C doté d'une autonomie de huit heures.

Ce jour là, l'équipage "volant" de vaccinateurs est composé de Christophe Mercier infirmier et du Docteur Aimeric Lefetz. Tous deux prennent place à bord de ce qu'ils appellent la CovidMobile. En réalité pour cette vaccination à domicile, ce sont les véhicules des soignants qui sont utilisés.

Aujourd'hui, Christophe Mercier est au volant de sa voiture personnelle et le Docteur Lefetz joue le co pilotes, saccoche sur les genoux, le regard sur le GPS du tableau de bord.

Ils visitent d'abord Joëlle, une grand-mère qui vit dans un corps de ferme au fond d'un potager.
"Je n'étais pas chaude pour le vaccin confie Joëlle, mais bon il faut bien le faire alors j 'ai fini par dire oui " dit-elle.

Son mari préfère encore se donner du temps pour se décider.  Dans la salle à manger du couple, le tandem de vaccinateurs se répartit les tâches. Le Docteur Lefetz pose les questions d'usage sur les éventuelles allergies, demande si la personne a eu de la fièvre récemment, liste les effets indésirables potentiels du vaccin, puis  réclame la carte vitale, remplit la fiche de passage, s'occupe de brancher l'imprimante portative et remet l'attestation de la première injection de vaccin et indique la date du deuxième passage. Christophe Mercier est Monsieur Injection.

L'infirmier met en confiance les personnes, gomme les inquiétudes par un trait d'humour ou un sourire et pique dans le haut de l'épaule en faisant diversion avec habileté et tact. Le Docteur Lefetz a l'art lui aussi de trouver le mot juste face à des patients qu'il découvre dans leur intimité puisqu'il n est pas leur médecin traitant.
Le duo reprend la route, la CovidMobile file à travers champs, passe devant des hameaux de maisons traditionnelles picardes en brique rouge.

À la rencontre de ceux qui ne peuvent pas se déplacer

Un couple d'octogénaires attend les soignants dans une villa cossue entourée d'un jardin fleuri. Le mari qui s'occupe à plein temps de son épouse malade Alzheimer est fébrile. Il a peur que son épouse très agitée ne s'emporte et s'oppose au vaccin face à ces inconnus qui envahissent son espace familier. Son cocon. Mais la séance se déroule calmement, sans stress, sans heurts.

Le vieux monsieur se fait piquer après sa femme et semble soulagé. Une épreuve de passée. "À cause des troubles cognitifs sévères de ma femme on n'aurait jamais pu se rendre dans un vaccinodrome avec la foule, l'attente, le trajet, cela faisait trop pour elle, moi j ai la vue qui baisse je n y vois plus guère au volant, j'évite de conduire, trop dangereux. Notre fils habite Roubaix et on l'embête déjà assez comme ça, il vient tous les 15 jours pour nous faire les courses". La formule du vaccin à la maison est pour cet aidant conjugal une aide précieuse.

Même sourire de reconnaissance pour l'autre Joëlle de la tournée. La dame de forte corpulence qui nous accueille dans sa cuisine ne peut plus sortir de chez elle tant ses déplacements sont une souffrance. Elle est ravie de bénéficier d'un rendez-vous médical à domicile. "Je ne peux pas trop bouger alors comment aurais-je pu avoir accès au vaccin sans ces messieurs ?" interroge Joëlle.

Aucune appréhension en ce qui la concerne. C 'était un problème logistique qui la maintenait à l'écart de la campagne de vaccination. Les deux soignants précisent qu'une nouvelle équipe s'occupera de sa 2eme dose le 6 juillet. La patiente est déçue et le dit franchement " Oh non dommage! Ils sont tellement sympas, j'aurai bien aimé les revoir! "

Le Docteur Aimeric Lefetz et Christophe Mercier sont flattés, et en rajoutent pour faire rire la dame : " Et bien c'est  normal hein? De beaux gosses comme nous, ça ne court pas les rues!" Eclat de rire général. A bord de la CovidMobile, les soignants reprennent la liste de leurs consultations à venir. Le médecin généraliste a retrouvé son sérieux et insiste sur deux points essentiels.

Vaccination à domicile dans la commune de Sinceny (Aisne) par le tandem de la CovidMobile : le docteur Aimeric Lefetz et l'infirmier Christophe Mercier
Vaccination à domicile dans la commune de Sinceny (Aisne) par le tandem de la CovidMobile : le docteur Aimeric Lefetz et l'infirmier Christophe Mercier © Radio France / Cécilia Arbonna

"La vaccination" dit-il "est un marathon, il faut être méthodique et se dire que ça va durer, donc ménager les soignants pour éviter l'épuisement et le découragement. Puis, il est capital que les personnes chez lesquelles on arrive expriment vraiment leur consentement." 

Quand c'est un fils ou une fille qui prend rendez-vous pour ses parents âgés et décide à leur place, c'est source d'angoisse et parfois de revirement. "La semaine dernière, chez un couple, on a réussi à convaincre le mari mais la femme s est mise en colère et a refusé la piqure. C' est sa fille qui avait insisté" poursuit le Docteur Lefetz. C'était un échec. Pour relever le défi d'une couverture optimale de la vaccination, il faut expliquer, convaincre et rassurer. Mi juin, une nouvelle tranche d'âge sera dans le viseur de la CPAM de l'Aisne : les 65/74 ans.

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