Il y a trois mois et demi, 40 000 bénévoles collectaient des fonds dans toute la France à l’occasion de la 54ème journée mondiale des Lépreux - une quête de près d’un million d’euros au bénéfice de la Fondation Raoul Follereau. Epinglée par le passé sur sa gestion financière, les doutes sont-ils aujourd’hui levés sur cette fondation ? L’affaire était révélée il y a 5 ans par « Le Canard enchaîné ». Un rapport de l’IGAS, l’inspection générale des affaires sociales, critiquait alors la mauvaise gestion de l’association Raoul Follereau pour les années 96-98. De « nombreux dysfonctionnements », « des dépenses qui n’ont aucun rapport avec la maladie », écrit l’IGAS, qui constate un manque de transparence et une concentration excessive des pouvoirs. Une enquête préliminaire pour « abus de confiance » est alors ouverte par le Parquet de Paris. « Nous allons tout clarifier », explique à l’époque le président de l’association, Michel Récipon. La situation a-t-elle vraiment changé ? Plusieurs anciens responsables de Follereau demeurent sceptiques, comme Pascal Gana, chargé de la communication chez Follereau de 93 à 97 (interview). Autre témoignage, celui de Pierre-Alexis Buaillon, directeur du marketing chargé de la collecte des fonds de 98 à 2000. Il a préféré partir (interview). Durant la même période, Alain Gineston, est directeur général du groupe Follereau. Il est mis à la porte pour avoir dénoncé au sein du conseil d’administration certains dysfonctionnements (interview). Dernier témoignage d’un ancien salarié, Pierre Olpheu-Galliard, directeur des projets chez Follereau de 92 à 2002, stupéfait après un déplacement en Côte d’Ivoire (interview). Le président de Follereau, Michel Récipon, réfute, de son côté, toutes ces critiques. Il explique que « le ménage » a été fait. Toutes les structures regroupées dans une seule Fondation, les statuts modifiés avec un changement de gouvernance et un véritable contrôle interne. Mais certains éléments sèment pourtant le doute. Comme ce rapport de la Mission interministérielle d’inspection du logement social, daté de mai 2004, jamais encore rendu public. Un rapport de 23 pages extrêmement sévère pour la « Fondation pour le Logement social » un organisme qui fait partie de la « galaxie » Follereau et qui est chargé de gérer un parc immobilier destiné aux plus démunis. Que dit ce rapport ? Il critique : « la tenue trop incertaines des comptes », leur « manque de rigueur ». Il relève également « des bilans et des comptes de résultats transmis aux donateurs » qui « ne donnent pas une image réelle de la situation de la Fondation ». Autre anomalie : « l’absence de mise en concurrence pour le choix de l’ensemble des prestataires ». Conclusion sans appel des contrôleurs du logement social : « Le mode de fonctionnement actuel » de la Fondation « ne peut plus perdurer ». Que répond Follereau à ces critiques ? Dans sa réponse écrite aux contrôleurs, Follereau explique que désormais leur « comptabilité est « en parfait ordre de marche ». Interrogé aujourd’hui sur ce rapport, Michel Récipon, lui-même salarié de la Fondation pour le Logement social et d’autres structures de Follereau, minimise ces critiques (interview). Tout cela pose le problème du contrôle. Il y a bien un contrôleur interne mais il est salarié par Follereau. Quant à la norme officielle de certification des comptes, la norme « BVQI » mis en avant par Follereau, certains considèrent que ce n’est pas forcément une assurance tous risques, comme Pierre-Patrick Kaltenbach, ancien conseiller-maître à la Cour des comptes, président de l’association « Familles protestantes de France ». Il vient de mettre en place un label de qualité pour les associations, le label « AFNOR », après avoir démissionné du comité de certification « BVQI » sur lequel s’appuie aujourd’hui Follereau (interview). Un dossier de Benoît Collombat.

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