Un reportage signé Laëtitia Saavedra Le décret prévoyant la suspension des allocations familiales est paru il y a un mois. Cela veut dire qu’en cas d’absentéïsme scolaire répété, les allocations seront suspendues, voire supprimées, pour les parents. Mais est-ce que cette mesure est appliquée ? Il est encore trop tôt pour faire un bilan de cette mesure voulue par Nicolas Sarkozy, mais de très fortes résistances existent à tous les étages du dispositif. Que prévoit la loi ? Quand un élève s'absente plus de 4 demi-journées non justifiées par mois, 4 demi-journées seulement, le chef d'établissement le signale à l'inspecteur d'Académie et la famille reçoit un avertissement. Si les choses rentrent dans l'ordre, la procédure s'arrête là. Mais si l'élève récidive, l'inspecteur d'Académie a alors l'obligation de saisir la caisse d'allocations familiales qui suspend les allocations. Là, deux solutions : - Soit l'enfant rentre dans le rang et le versement reprend avec effet rétroactif. - Soit l'enfant persiste et c'est la suppression pure et simple des allocations. Pour Eric Ciotti, l'auteur de la loi, député des Alpes Maritimes et chargé des questions de sécurité à l'UMP, rien de tel que la dissuasion pour responsabiliser les parents. Interview d'Eric Ciotti Ce dispositif ne fonctionne que si la hiérarchie dans les collèges et les lycées joue le jeu et ce n'est pas gagné. D’abord, si on applique la loi à la lettre, il risque d’y avoir embouteillages. Parce qu’il faut savoir qu’une heure de retard est comptée comme une demi-journée d’absence. Alors 4 demi-journées en un mois, on y arrive très vite. Le syndicat des chefs d'établissements dénonce une mesure simpliste qui flatte l'électorat de la droite dure. Au syndicat des inspecteurs d'Académie, en première ligne dans le dispositif, Robert Prospérini, le secrétaire général, ne parle pas de résistance passive, mais c'est tout comme. Interview de Robert Prospérini A l'autre bout de la chaîne, la Caisse Nationale d'allocations familiales qui verse les allocations, estime qu'elle "n'a pas vocation à punir, mais à aider les familles en les accompagnant". Accompagner les familles justement, n'est-ce pas la solution pour lutter contre l’absentéïsme ? Oui, mais ça coûte cher et ça prend du temps. Il existe des outils, dont le très contesté "Contrat de responsabilité parentale" mis en place ds les Alpes Maritimes, par Eric Ciotti. Les familles participent à 12 entretiens d'une heure et demie sur 6 mois renouvelables. Nous avons rencontré la maman de Gabriel à l'association "entr'autres", à Nice. Son fils de 14 ans est un décrocheur lourd. Il n'a plus remis les pieds en classe depuis le mois d'octobre. Sa maman, qui l'élève seule avec sa grande sœur, est totalement désemparée. Interview de la maman de Gabriel Aujourd'hui, Gabriel retourne progressivement à l'école, deux heures tous les deux jours pour un retour à la normale espéré, d'ici le mois de juin. En vertu de la nouvelle loi, la maman de Gabriel, qui gagne 1000 euros comme secrétaire, serait privée de 300 euros d'allocations. Ce qui l’amputerait du quart de ses revenus. Le plus paradoxal, c'est que la suspension des allocations familiales existe depuis 1946 avec en moyenne 8 000 suspensions par an. Mais en 2006, la loi confie aux présidents des conseils généraux la responsabilité de suspendre les allocations ce qu'aucun élu, ni de droite ni de gauche, n’a fait : trop impopulaire. Résultat : zéro suspension jusqu'en 2010. D'où ce nouveau texte d'Eric Ciotti en janvier dernier, qui automatise la sanction, au risque de faire encore chou blanc.

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