Jacques Chirac inaugure ce matin en Alsace (à une cinquantaine de kilomètres de Strasbourg) le Centre Européen du Résistant Déporté. Ce centre, piloté par le ministère de la défense, est un lieu de mémoire et de réflexion. Il jouxte l’ancien camp de concentration du Struthof, le seul camp nazi implanté sur le sol français. L’Alsace était alors annexée au Reich allemand. 52.000 déportés sont passés par le Struthof ou ses 70 camps satellites. 20.000 n’en sont jamais revenus. Ce camp a été l’un des plus meurtriers du système concentrationnaire nazi. Des baraques de bois plantées en terrasses, des barbelés électrifiés, des miradors, un crématoire, un bloc où les médecins nazis se livraient à des expériences sur l’homme et, un peu plus loin une chambre à gaz, aménagée à la demande de ces mêmes médecins. Le camp du Struthof a été installé en 1941 à 800 mètres d’altitude sur une ancienne piste de luge. Ce qui frappe aujourd’hui encore en arrivant sur place, c’est le contraste, violent, entre la beauté du paysage et l’horreur dans laquelle les déportés ont basculé. Boris Pahor et Marcel Leroy, résistants slovène et breton, ont été enfermés au Struthof - Interview. Au Struthof, les déportés étaient pour la plupart des « triangles rouges », des détenus politiques et des résistants de l’Europe entière. Les coups, les exécutions, la faim, le climat rigoureux de la montagne, l’épuisement sur les chantiers de terrassement ou d’extraction de granite, la mort est un spectacle quotidien pour les détenus du camp. Yvan Homel, résistant vosgien déporté au Struthof - Interview. La mort au Struthof, ce sont aussi les médecins nazis qui l’administrent. Les professeurs Hirt, Haagen et Bickenbach, de l’université du Reich de Strasbourg. A tour de rôle, ils se déplacent au camp pour y tester sur les déportés, tziganes notamment, le typhus, le gaz phosgène ou l’ypérite, le gaz moutarde. Boris Pahor se souvient de ses effets sur un cobaye humain - Interview. Une chambre à gaz est même aménagée à proximité du camp. Le professeur Hirt y fera gazer 86 déportés juifs : des hommes et des femmes sélectionnés à Auschwitz. Il voulait en faire une collection de squelettes. Le Struthof et ses 7000 déportés, ont été évacués dans les premiers jours de septembre 1944, alors que les alliés approchaient de l’Alsace. Le camp a ensuite continué d’exister de l’autre côté du Rhin à travers ses multiples kommandos de travail. Des kommandos au service de l’industrie de guerre allemande. Albert Montal, un résistant vosgien, travaillait lui dans une usine souterraine de la vallée du Neckar - Interview. Ces kommandos de Natzweiler-Struthof continueront à broyer les déportés jusqu’en avril 1945. En Alsace, les habitants des villages alentour ne pouvaient ignorer : de l’arrivée des déportés à la gare de Rothau, jusqu’à la cheminée du crématoire que l’on voyait fumer. Madeleine Steiner avait à l’époque une 20aine d’années - Interview. 52.000 déportés ont été broyés dans cette nébuleuse : le camp principal et ses 70 kommandos satellites. 20.000 n’en sont jamais revenus. Un dossier d'Olivier Vogel, en duplex de France Bleu Alsace - Prise de son et ambiances sonores signées Pascal Doumange. Vous pouvez écouter une série diffusée sur France Bleu « Struthof, un camp nazi sur le sol français » (à 13H50 et 19H30), retrouvez l’ensemble de la série et un dossier spécial sur le site de radiofrance.fr.

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