Hillary Clinton, Donald Trump, dans moins d’une semaine, on saura si la présidence se conjuguera au masculin ou au féminin. Reportage Dans l’Ohio, un de ces swings states

C’est la première fois qu’une femme obtient l’investiture d’un parti pour la course à la maison blanche.
C’est la première fois qu’une femme obtient l’investiture d’un parti pour la course à la maison blanche. © Reuters / Scott Morgan

Voilà un homme qui a traité les femmes de cochonnes, de feignasses, de chiennes…

Cette phrase, c’est Hillary Clinton qui l'a prononcée lors du premier débat entre les deux candidats à la présidentielle.

Accusations de harcèlement sexuels, propos d’une misogynie invraisemblable, cette campagne choque, mais pas tout le monde, finalement. Pas cet homme, par exemple, rencontré dans un petit café de l’Ohio : "Laissez-moi vous dire un truc. Je suis un homme. Vous ne pensez pas que moi aussi, je parle comme ça ? Et vous ne croyez pas que les femmes aussi, elles parlent comme ça ? Tout le monde parle comme ça ! Et regardez les anciens présidents, combien ont eu des aventures, avec des femmes ? Allons ! Moi, ma priorité, c’est la sécurité de ce pays et nos boulots. Il fait ce qu’il veut de sa vie privée. Et en ce qui concerne les femmes, il n’y a qu’à regarder ses gosses, elles sont très bien… Et quand à cette femme qui l’accuse, pourquoi elle ne l’a pas fait quand ça s’est passé ? Pourquoi elle ne l’a pas traîné au tribunal à ce moment-là ? C’est Hillary qui est derrière tout ça…"

C’est la première fois qu’une femme obtient l’investiture d’un parti pour la course à la Maison blanche

La candidature d’Hillary Clinton galvanise Capri Cafaro. Cette élue démocrate siège au sénat de l’Ohio, elle va chercher toutes les voix possibles pour sa candidate. Elle est scandalisée par le sexisme haineux de cette campagne : "Il y a sûrement l’idée de se dire 'quoi ! On va avoir une femme président, après avoir eu pour la première fois un noir comme président ?' Tant de changements se sont produits ici, aux Etats Unis. Les femmes occupent une part de plus en plus grande dans le monde du travail. En partie, à cause de ce tournant dans les secteurs de l’emploi… Par exemple, la santé est une industrie en plein développement et c’est un secteur où les femmes sont majoritaires. Les usines, elles sont en plein déclin, or c’est ce qui était dominé traditionnellement, par les hommes. Je pense qu’il y a cette dynamique liée au genre, qui fait que les hommes se sentent déclassés. Ça joue sur l’inconscient des hommes, surtout ceux qui ont la cinquantaine."

Les fameux hommes blancs en colère, qui forment le gros de l’électorat de Donald Trump, ont en effet accusé le coup ces dernières années, avec la bascule démographique en faveur des minorités, l’élection d’un président noir, et le mariage gay. D’où la promesse de Donald Trump, s'il est élu, de revenir sur la question de l’avortement. Tout cela inquiète Mary, une électrice démocrate : "Bien sûr que toutes ces choses sont en jeu pour les femmes. Je pense qu’une femme peut choisir ce qu’elle veut faire de son corps. Parce que c’est trop facile que quelqu’un d’autre, homme ou femme, nous dicte ce qu’on doit faire. C’est une décision qu’elle prend seule, face à elle-même ! Quoi que ce soit qui nous ramène en arrière, moi je n’en veux pas."

Pourtant des femmes vont voter avec enthousiasme pour Donald Trump

Des femmes très jeunes surtout, comme Lauren Canzonetta. Elle est étudiante, on l’a rencontrée sur le campus de Youngstown. Elle, elle est contre l’avortement, elle trouve que les phrases sexistes de Donald Trump, il n’y a pas de quoi, au fond, fouetter un chat : "Arrêtons de focaliser sur les mots, regardons plutôt les actes. Hillary elle peut toujours causer, je ne crois pas un mot de ce qu’elle dit. Elle ne peut pas dire qu’elle se bat pour les femmes depuis trente ans, et payer moins bien les femmes qui travaillent pour elle que les hommes. Et je vois ce que fait monsieur Trump, il a plus de femmes cadres que d’hommes dans ses compagnies. Et à trop pousser les femmes, il ne faut pas qu’on en oublie les hommes. Je veux dire, il ne faut pas se mettre en avant au point de ne plus permettre aux hommes ou à notre économie de survivre. En même temps, il faut qu’on oublie nos racines. Il faut qu’on se souvienne que la structure d’une famille, c’est tout aussi important, on ne peut pas raisonner qu’en terme de travail… et laisser la famille se réduire à néant".

Lauren a déjà voté, par anticipation, comme un tiers environ des américains. Résultat, dans moins d’une semaine.

► POUR EN SAVOIR PLUS | LIRE Une affaire de femmes par Frédéric Carbonne

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