La justice a finalement condamné Abdelkader Merah à 20 ans de réclusion criminelle, pour l'association de malfaiteurs terroriste qui a permis à son frère Mohamed de commettre sept assassinats en 2012. Les juges professionnels n’ont pourtant pas estimé qu'Abdelkader Merah était directement complice de ces sept crimes.

Ce qui a frappé lors des cinq semaines de ce procès Merah, c'est la douleur des familles de victimes
Ce qui a frappé lors des cinq semaines de ce procès Merah, c'est la douleur des familles de victimes © Radio France / Matthieu Boucheron

La justice a finalement condamné Abdelkader Merah à 20 ans de réclusion criminelle, coupable d'association de malfaiteurs terroriste qui a permis à son frère Mohamed de commettre ses assassinats en 2012. Les juges professionnels n’ont pourtant pas estimé qu'Abdelkader Merah était directement complice de ces sept crimes, ne connaissant pas les intentions précises de son frère. L'autre accusé dans ce procès, Fettah Malki, a été condamné à 14 ans de réclusion pour l'arme et le gilet-pare balle qu'il avait fourni à Mohamed Merah.

Durant cinq semaines, ce qui a le plus marqué, c'est la douleur des familles de victimes, les blessures encore à vif des rescapés. À cause de ces blessures, physiques ou psychologiques, certains n'ont d'ailleurs pas trouvé la force de venir témoigner, et ceux qui sont venus ont pudiquement caché leurs plaies derrière une grande dignité. 

Cinq ans après ces assassinats qui ont traumatisé la France entière, c'est le récit de la tuerie de l'école juive Ozar Hatorah, qui est resté le plus bouversant : entendre raconter ces tirs qui exécutent froidement des enfants dont l'un avait encore sa tétine. Ces images insoutenables, la cour a d'ailleurs refusé de les diffuser, tellement elles sont "atroces". 

C'est donc avec ces traumatismes, que les familles sont arrivées à ce procès, dans l'espoir de comprendre les crimes, et toute cette émotion a débordé le jour où est venue témoigner la mère de Mohamed et Abdelkader Merah, qui a beaucoup menti à la barre, pour défendre son fils dans le box. Au bout de deux heures de mensonges, quand Me Dupond-Moretti, a dit, pour l'excuser, "C'est aussi la mère d'un mort !", ça a été un vrai choc, sur le banc des parties civiles. 

Un petit frère d'Imad Ibn Ziaten s'est écroulé dans les bras de son aîné, en traitant l'avocat d'Abdelkader Merah de "méchant". Quelques jours plus tard, Naoufal Ibn Ziaten est venu à la barre à son tour, comme beaucoup d'autres victimes, raconter ce qu'il voulait dire aux accusés. "Je veux parler de mon frère, je veux parler des derniers souvenirs que j'avais avec lui. Vous savez, avec la force qu'a eue Imad face à l'ennemi, il me donne une force qui me pousse à aller dans la salle [d'audience], tous les jours. Et je veux lui montrer, à Abdelkader Merah, qu'il a fait beaucoup de mal. Je veux lui envoyer un message de paix, qu'il puisse réagir d'une façon humaine, et j'ai besoin de lui montrer avec ce message de paix, que nous, en tant que musulmans, nous ne sommes pas dans la même religion que la famille Merah".

En face, l'accusé dans son rôle de "musulman orthodoxe"

En face, Abdelkader Merah a exprimé peu de regrets, durant ce procès. Il s'est présenté à la cour d'assises spéciale comme un musulman orthodoxe, soumis aux lois d'Allah, son créateur, pas aux lois de la République. Un musulman qui s'est converti en 2006, et a alors commencé à fréquenter ceux qu'il considère aujourd'hui encore "des frères de religion", les frères Clain, devenus les voix de revendication des attentats du 13 novembre. Il s'est présenté comme un musulman avide d'en apprendre toujours plus sur la religion, avec une "curiosité intellectuelle" qui lui a eu envie de "comprendre le groupe Al-Qaïda". 

C'est ainsi qu'Abdelkader Merah a justifié durant cinq semaines toute cette littérature djihadiste, tous ces fichiers audio retrouvés dans son ordinateur, certains renommés par prudence, "comportement père, mère, oncle...", "si jamais il y avait une perquisition". Abdelkader Merah n'a pas nié qu'il était pour le djihad, mais uniquement le djihad 'défensif', celui que prône l'organisation État islamique "face à un envahisseur", affirme-t-il, pas le djihad offensif tel que son frère l'a pratiqué, et son discours a fini par convaincre la cour. La cour qui a en tout cas estimé, à la fin, qu'il n'y a avait pas de preuves qu'Abdelkader Merah avait aidé son petit frère Mohamed ou l'avait poussé à commettre activement ses assassinats terroristes.

La question des failles du renseignement

Les services de renseignement suivaient les frères Merah depuis 2006, et la question des failles a été cruciale dans ce procès. Il y a eu l'audition marquante de Bernard Squarcini, ex-patron de la DCRI, qui avait été le premier à parler de Mohamed Merah comme d'un "loup solitaire". Une thèse qu'on lui a longtemps reproché puisque Merah a agi au nom d'Al Qaïda. 

En tout cas, Bernard Squarcini a cherché à minimiser les négligences des policiers du renseignement parisiens, qui n'ont pas assez pris au sérieux les toulousains. Des agents qui avaient donc attribué une première fiche S, à Abdelkader Merah, pour ses liens avec la mouvance islamiste radicale. Puis Mohamed Merah avait été fiché, pour sa proximité avec son grand frère. Après un premier voyage de Mohamed Merah en Afghanistan en 2010, les policiers toulousains du renseignement avaient sonné une première fois l'alerte, en vain. Mohamed Merah a en tout cas été le premier "terroriste islamiste en jeans-baskets", à tromper tout le monde, avec sa taqqiya (la dissimulation). Et cinq ans après sa mort sous les balles du RAID, c'est de lui dont on aura le plus parlé à ce procès. 

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.