Lionel Thompson s'est rendu la semaine dernière à l’Université franco-turque de Galatasaray, pour discuter avec des étudiants de leurs attentes, de leurs espoirs ou de leurs craintes concernant cette Europe que leur pays aspire à rejoindre. Il a pu constater que leur enthousiasme est très refroidi par les réticences dont font preuve les Européens. L’Université Galatasaray est une des plus prestigieuses de Turquie. Elle forme des jeunes qui font partie de l’élite moderne et ouverte à l’Occident de la société turque. Des cadres de la Turquie de demain. Celle qui sera peut-être, d’ici quelques années, dans l’Europe. On pourrait donc s’attendre à y trouver des jeunes enthousiastes à l’idée que leur pays entre dans l’Union. Mais la discussion avec trois d’entre eux (Alp, 24 ans, Eren, 22 ans, Esra 23 ans, qui préparent un diplôme de Relations Internationales) et une de leurs assistantes de recherches (Zeynep, 33 ans), montre que c’est maintenant une certaine méfiance qui domine. Ils continuent, dans l’ensemble, de penser que l’Europe peut être un plus pour leur pays, économiquement, politiquement, pour la démocratie. Mais l’Europe leur semble marcher vers eux à reculons et ne pas jouer franc-jeu. Ces étudiants ne sont pas forcément optimistes. Ils voient l’Europe comme un ensemble qui ne sait pas très bien ce qu’il veut. Mais quel est leur sentiment sur la question de l’Islam ? Eh bien c’est certainement là que réside la plus grande incompréhension. Ils ne comprennent pas les arguments de ceux qui font du caractère musulman de la Turquie un obstacle. Ils sont eux-mêmes musulmans, se disent laïcs, voire non croyants et pour Zeynep, par exemple, le plus grand danger en Turquie, ce n’est pas l’Islam. Le débat sur l’adhésion provoque un vrai débat sur les questions d’identité. On touche là aux questions de fond. Qu’est-ce qu’être turc ? On sait que les questions kurdes ou arméniennes sont très sensibles en Turquie. Qu’est-ce qu’être européens ? Les réponses ne sont pas évidentes, aussi bien pour ces étudiants que pour l’Europe. Un dossier de Lionel Thompson, journaliste au service Etranger à France Inter, envoyé spécial à Istanbul en Turquie.

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