Zoom ce matin sur un dossier sensible qui oppose au gouvernement Manuel Valls et Ségolène Royal. Sur le terrain l’industriel Altéo affronte des dizaines d’associations.

L'usine d'alumine Alteo à Gardanne au large de Cassis, au cœur du parc national des calanques.
L'usine d'alumine Alteo à Gardanne au large de Cassis, au cœur du parc national des calanques. © AFP / Georges Robert / Citizenside

Ce dossier épineux, c’est bien sûr celui des boues rouges déversées depuis 1956 par l’usine d’alumine de Gardanne au large de Cassis, au cœur du Parc national des calanques. L’autorisation de polluer prenait fin en 2015 mais l’Etat, pour sauvegarder 500 emplois (autant qu’Alstom à Belfort), l’a prolongé jusqu’en 2021.

Deux thèses s’affrontent désormais. Altéo affirme que 85% de la pollution a cessé puisque désormais les boues rouges sont stockées à terre. L’industriel teste aussi en laboratoire des procédés qui lui permettront d’être dans les normes de rejets bien avant 2021.

Eric Duchêne, le responsable de la recherche chez Altéo :*
"Sur l’arsenic nous avons un seuil de 1,7 milligramme par litre, et on nous demande, à l’horizon 2021, d’être à 0,05. Aujourd’hui nous avons fait des tests en laboratoire et nous sommes à 0,06 mg donc très près du seuil en termes de rejet".

Eric Duchêne évoque l’arsenic, mais sur les autres métaux lourds comme le mercure ou le plomb il a présenté des résultats similaires.

Le problème, c’est que, du côté des associations, on ne croit pas Altéo, qui depuis 60 ans ment sur les boues rouges.

Alain Matési est lui aussi ingénieur et spécialiste des stations d’épurations :
"L’industriel manipule l’opinion publique. Sur la masse volumique effectivement on arrive à retirer 90%. Mais les 10% rejetés ne passent pas par une station d’épuration et de ce fait tous les polluants sont rejetés mais de façon liquide et polluent notre littoral".

Pour tenter de mettre fin à la polémique, le député de Gardanne, François Michel Lambert - qui est vert mais pas tendance Duflot - a demandé des rapports officiels. Ils ont été rendus publics en fin de semaine.

François Michel Lambert :
"Le rapport de l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, commandé par la ministre, sur la qualité sanitaire du poisson, sa réponse est très claire : il n’y a pas de risque à consommer le poisson de la méditerranée, y compris dans cette zone. Un rapport sur les rejets et sur la manière dont l’entreprise répond aux injonctions. Elle y répond très bien. C’est l’entreprise la plus contrôlée de France. En quelques mois nous sommes passés de six dérogations à aujourd’hui quasiment seulement deux parce que tout le monde pousse : les associations, les politiques, les acteurs industriels. Ceux qui sont pour fermer l’usine n’aident en rien".

Si sur la pollution deux thèses s’affrontent, il y a également débat sur les emplois

Parce que si les 500 emplois de l’usine sont clairement identifiés, les pêcheurs par exemple souffrent de la pollution.

Gérard Carodano, Premier Prud'homme des pêcheurs professionnels de La Ciotat évoque 600 petits métiers directement impactés :
"Moi je travaille à 40 kilomètres de la Ciotat, sur le grand large je bouffe du gasoil. Comme il n’y a plus rien à manger parce que les produits sont toxiques, les poissons s’en vont ailleurs car il n’y a plus aucun élément nutritif. Il faudra des siècles pour que la mer reprenne ses droits".

La publicité faite autour de ces boues rouges nuit également au tourisme. Danielle Million la maire de Cassis a passé son été à les rassurer :
"Ces bouges rouges ont fait le buzz, alors on 'dit c’est au large de Cassis Il n’y a plus de boues rouges, il y a des rejets liquides'. C'est plutôt mieux que durant les 51 années que nous venons de vivre, puisque il y a 85% de pollution en moins. Les gens vont finir par croire qu’à Cassis, on se baigne dans de l’arsenic. Ce n’est pas tout à fait ça, à Cassis on se baigne dans des eaux fantastiques de beauté et de propreté, j’insiste".

Et comme le Pavillon bleu est décerné aux plages de Cassis sans discontinuer depuis 2009, on peut penser que la pollution ne concerne pas le rivage.

En résumé, la polémique peut durer encore longtemps car chaque camp brandit analyses et statistiques contradictoires. A noter que ce dossier des boues rouges a soulevé d’autres lièvres liés à la pollution dans le parc national des Calanques. Les associations se sont ainsi rendues compte que les rejets de la station d’épuration de Marseille n’étaient pas aux normes, et que la dépollution de la calanque de Saména, interdite à la baignade en raison des taux de métaux lourds prévue pour 2013, n’était toujours pas financée.

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