Nouveau revers pour l'enquête du juge Bruguière sur l'attentat contre l'avion du président rwandais Habyarimana le 6 avril 1994, attentat qui a servi à déclencher le génocide rwandais, préparé de longue date. Plus de 800 000 morts. Jusqu’à présent, le juge désignait les Tutsis du FPR, de Paul Kagamé, l'actuel président rwandais, comme responsables de l'attentat, mais un témoin-clé conteste aujourd’hui cette version. Cet homme s'appelle Richard Mugenzi. En avril 94, il était opérateur radio au centre militaire de Gisenyi, chargé des opérations d'écoute et d'espionnage. Le juge Bruguière le présente comme ayant intercepté plusieurs messages du FPR quelques heures après l'attentat, notamment un message désignant les hutus comme des "gorilles" et revendiquant cet attentat. « Il s'agissait en réalité d'un montage », explique aujourd'hui Richard Mugenzi. « Je n'ai pas intercepté ce message du FPR mais simplement recopié ce qu'on m'avait demandé de retranscrire », comme il nous l'a confirmé depuis le Rwanda (interview). Richard Mugenzi avait été entendu en juin 2001 à Arusha en Tanzanie par les enquêteurs du juge Bruguière, mais il explique que son témoignage aurait été utilisé d'une façon orientée. Et se dit aujourd'hui à la disposition des juges Trévidic et Coirre désormais en charge du dossier. C'est le journaliste-historien Jean-François Dupaquier qui a recueilli le premier le témoignage de Richard Mugenzi, le 31 mai dernier à Kigali (interview). Deux autres témoins à charge contre le FPR dans l’enquête du juge Bruguière ont également, ces derniers mois, fait machine arrière. Que dit le juge Bruguière ? Contacté, Jean-Louis Bruguière, ne souhaite pas s'exprimer publiquement. Mais pour Laurent Curt, l'avocat de Jacqueline Héraud, la veuve du commandant de bord français du Falcon 50 du président Habyarimana, le témoignage de Richard Mugenzi reste sujet à caution (interview). Laurent Curt souhaite qu'un procès puisse se tenir le plus rapidement possible pour tenter d'établir la vérité. L'avocat n'écarte pas non plus l'implication possible de mercenaires français dans l'attentat et il annonçe à notre micro une nouvelle demande d'audition du capitaine Paul Barril, ex-membre de la DGSE et de la cellule antiterroriste de l'Elysée. Proche du régime Habyarimana, Barril était présent à Kigali au moment de l'attentat. Trois mois plus tard, il brandissait même une fausse "boîte noire" du Falcon présidentiel. D'où les interrogations également de Bernard Maingain, l'avocat de Rose Kabuyé, une proche de Paul Kagamé, qui doit être prochainement réentendue par les magistrats dans ce dossier. Bernard Maingain évoque entre les lignes la piste de "barbouzes" français (interview). __ Une enquête de Benoît Collombat. ### liens

[Dossier spécial](http://sites.radiofrance.fr/franceinter/ev/fiche.php?ev_id=937 "Page spéciale avec des interviews et des vidéos.br /

Une enquête à retrouver aussi ce soir à 18h15 sur France Inter dans « Et pourtant elle tourne » de Jean-Marc Four.")

Page spéciale avec des interviews et des vidéos. Une enquête à retrouver aussi ce soir à 18h15 sur France Inter dans « Et pourtant elle tourne » de Jean-Marc Four.

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