Comment les personnes âgées en maison de retraite vivent-elles l’épidémie ? Les 650 000 personnes résidant en EHPAD ont été confinées plus longtemps que les autres Français, de début mars à mi-juin. Aujourd'hui, elles craignent un nouveau confinement généralisé, ce que le gouvernement exclut pour le moment.

Pour les 55 résidentes de la maison de retraite "les Rousselières" à Pleumartin dans la Vienne, un établissement public territorial, la vie a repris son cours mais pas comme avant.
Pour les 55 résidentes de la maison de retraite "les Rousselières" à Pleumartin dans la Vienne, un établissement public territorial, la vie a repris son cours mais pas comme avant. © Radio France / Géraldine Hallot

Ça nous fait un peu de peine tout ça. Beaucoup de gens ne peuvent pas voir leur famille. On trouve le temps long, quoi.

Suzanne est l'une des 55 résidentes de la maison de retraite, Les Rousselières, à Pleumartin dans la Vienne, un établissement public territorial. 

À l'EPHAD de Pleumartin, la vie a repris son cours mais pas comme avant. Les résidents peuvent recevoir leur famille, mais deux fois par semaine maximum. 

Ils prennent à nouveau leur repas dans le grand réfectoire, mais les sorties au marché du village, tant appréciées, sont proscrites. Dans les chambres, les téléviseurs allumés en permanence témoignent d'une certaine solitude.

La solitude, oui ça pèse, mais que voulez-vous, ce n’est pas moi qui commande.

dit encore Suzanne, qui ne sort de sa chambre "que pour déjeuner."

Éric Angelo Bellini est le directeur de la maison de retraite. Il redoute par dessus tout un nouveau confinement. "Le challenge c'est de continuer de vivre", explique celui qui est également membre du conseil d'administration de l'AD-PA (association des directeurs au service des personnes âgées).

Avec le confinement, on s'enterre. On ferme, on se bunkerise, on laisse tout dehors et on se dit qu'on va survivre.

Le directeur poursuit : "Biologiquement on va survivre. Mais socialement et psychologiquement on meurt quand on s'enferme". Éric Angelo Bellini estime que l'équilibre entre sécurité sanitaire et bien-être des résidents est difficile à trouver.

Cela ne sert à rien de les préserver du COVID si c'est pour les faire mourir dans un désert affectif total.

ll faut prendre le risque de vivre, c'est le credo de la quarantaine de salariés de la maison de retraite de Pleumartin. Vivre mais au prix d'une vigilance de tous les instants. Cet après-midi là, Lucienne 102 ans, qui a eu exceptionnellement le droit de fêter son anniversaire la veille chez ses enfants est confinée dans sa chambre, en attendant d'être testée. Un ruban rouge et blanc barre l'entrée de sa chambre. "Hier quand je suis rentrée de la fête d'anniversaire, ils m'ont tout pris. Mes vêtements et même ma bicyclette [son déambulateur, NDRL]", explique la centenaire, à la fois compréhensive et agacée. "On en a marre de tout cela, on n'a pas de liberté", soupire-t-elle.  

En attendant que Lucienne soit testée et retrouve ses vêtements et son déambulateur, entièrement désinfectés, une autre centenaire, Éliane, s'amuse de cette atmosphère surréaliste. "Moi je n'ai pas peur d'une épidémie, il faut se résoudre à faire ce qu'il faut, c'est tout!" Ancienne résistante - elle a perdu 42 camarades dans le maquis-, elle dit que "ce n'est pas un virus qui va lui (me) faire peur". L'EHPAD de Pleumartin n'a pour l'instant enregistré aucun cas de COVID.

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